“Si vous avez un auteur en vous, il sortira. Pas comme un alien, j'espère.” (Andrzej Sapkowski)

Antoine Oury - 16.03.2017

Edition - International - Andrzej Sapkowski - The Witcher livre - Le Sorceleur livre


Andrzej Sapkowski est un homme heureux : sa saga de fantasy Le Sorceleur (Wiedźmin), dont la première histoire fut publiée en 1986 en Pologne, est devenue un de ces univers aux multiples ramifications et adaptations. Dont une série de jeux vidéo très appréciée, The Witcher. À la Foire du Livre de Londres, l'auteur polonais est revenu sur ces multiples adaptations et ce qu'elles supposent (ou ne supposent pas) pour lui et son écriture.

 

Andrzej Sapkowski (Le Sorceleur, The Witcher)

Andrzej Sapkowski à la Foire du Livre de Londres (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Histoire que la question soit expédiée immédiatement : non, Andrzej Sapkowski n'a jamais essayé les jeux vidéo The Witcher, pourtant tirés de son oeuvre, salués par la critique et plébiscitée par le public. En réalité, il n'a même jamais participé à leur conception ni à leur écriture. « Nous nous sommes entendus sur le fait que ces jeux se dérouleraient après les événements que je raconte dans mes livres », explique l'écrivain polonais.

 

Les 3 jeux adaptés de son oeuvre, sortis en 2008, 2011 et 2015, sont indépendants, même si les événements sont liés. « Les scénaristes ont fait quelque chose de neuf, à partir de mon anthologie d'histoires et de mon univers, bien sûr, mais tout le mérite leur revient », souligne Sapkowski.

 

Richard Edwards, rédacteur pour SFX, et Nicholas Lovell, auteur spécialiste des jeux vidéo, font une observation qui rappelle celle de la réalisatrice Gurinder Chadha sur les adaptations de livres au cinéma : « Essayer de prendre les bases d'un monde pour en faire un récit est beaucoup plus intéressant que d'adapter simplement une histoire », estime Nicholas Lovell. En somme, mieux vaut s'inspirer que tenter de retranscrire simplement un médium vers un autre.

 

Il est aussi question de choisir le bon médium : « Par exemple, Game of Thrones n'aurait pas fonctionné en film, ou même en films, comme il fonctionne en série, avec des dizaines d'heures pour raconter une histoire très ample », remarque Richard Edwards.

 

Dans le cas d'une adaptation en jeu vidéo, qui plus est, l'histoire n'est pas centrale, assure Nicholas Lovell : « Ce qui compte, ce sont des systèmes de jeu amusants, dans des mondes intéressants. Ce qui plaît aux joueurs, c'est l'expression personnelle dans un jeu et le fun. On peut très bien jouer en ignorant l'histoire, même s'il existe des jeux qui s'appuient énormément sur le récit » , ajoute-t-il en citant le jeu vidéo The Walking Dead. De plus, adapter strictement une histoire nécessitera souvent des budgets de dizaines de millions $, pas forcément alloués à tous les projets dans l'industrie du jeu vidéo.

 

Andrzej Sapkowski ne peut qu'abonder dans leur sens : « Quand j'écris, je vois des lettres, et j'essaye de les placer dans le meilleur ordre possible. C'est la raison pour laquelle, quand je vois Le Sorceleur en images, je suis toujours perdu, je n'y reconnais pas mon travail », souligne l'écrivain. Sa saga fantasy a malgré tout été adaptée en films, série, roman graphique et même en comédie musicale, en Russie, « ce qui ne m'a rien rapporté », ajoute l'auteur avec malice (« Avez-vous bu ? », lui demandera Paul Blezard, le modérateur — réponse : « Aujourd'hui ? Oui. »)

 

Interrogé sur les raisons pour lesquelles son univers d'adapte si bien, Andrzej Sapkowski s'amuse : « Le talent... et la modestie. » La première histoire de son univers, publiée en 1986 à l'occasion d'un concours de nouvelles, avait fini 3e mais avait su fédérer une importante communauté, « alors que la fantasy était encore considérée comme un genre pour les adolescents, et les adolescents qui ne se masturbent même pas ! »

 

Même si les débuts ont été difficiles, Sapkowski s'est entêté pour développer son univers, aujourd'hui considéré comme l'un des plus rentables en matière d'adaptations. « Si vous avez un auteur en vous, il sortira. Pas comme un alien, j’espère. Mais ne vous en faites pas, il sortira forcément. J’avais 38 ans quand j’ai écrit Le Sorceleur, il faut beaucoup d’expérience avant de devenir écrivain. En attendant, je vous conseille d’écrire beaucoup de nouvelles », termine Sapkowski.

 

En France, Le Sorceleur est publié par Milady, dans une traduction de Laurence Dyèvre.

 


Pour approfondir

Editeur : Milady Imaginaire
Genre :
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782811205065

Sorceleur t.1 ; le dernier voeu

de Andrzej Sapkowski(Auteur) Laurence Dyèvre(Traducteur)

Geralt de Riv est un personnage étrange, une bizarrerie de la nature, un mutant qui, grâce à la magie et à un long entraînement, mais aussi grâce à un mystérieux élixir, est devenu un meurtrier parfait. Ses cheveux blancs, ses yeux nyctalopes et son manteau noir effrayent et fascinent. Il parcourt des contrées pittoresques en gagnant sa vie comme chasseur de monstres. En ces temps obscurs, ogres, goules et vampires pullulent, et les magiciens sont des manipulateurs experts. Contre ces menaces, il faut un tueur à gages

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