Si vous cachez des livres à la bibliothèque, vous êtes un censeur

Antoine Oury - 22.10.2019

Edition - Bibliothèques - censure bibliotheque - documents bibliotheque - liberte expression bibliotheque


Quelles que soient les opinions politiques, il peut paraitre anodin de placer un livre au fond d'un rayonnage, pour éviter que d'autres usagers ne le voient : un acte de militant qui ne mange pas de pain. Et pourtant, ce geste s'apparente à une censure pure et simple, cherchant à limiter la libre diffusion des idées et des opinions.

Malin comme trois singes, Roland Topor, sérigraphie, 1972 - Exposition Topor à la BnF
« Malin comme trois singes », Roland Topor, 1972 - (photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Les bibliothèques sont des lieux où la libre expression et la liberté d'information doivent régner en maitre, signe d'une démocratie en bonne santé, rappelle un établissement américain de l'État de l'Idaho. La bibliothèque publique de la ville de Cœur d'Alene se voit victime, depuis plusieurs semaines, des actes d'un usager bien peu respectueux, qui sévit dans l'enceinte de l'établissement.

Cet individu cache avec un plus grand soin certains ouvrages qui ne lui plaisent pas, et il a même signé son forfait. « J'ai remarqué un grand nombre d'ouvrages qui s'en prennent à notre président », a indiqué l'usager dans un message laissé à l'attention des bibliothécaires. « Je vais continuer à cacher ces livres de la vue du plus grand nombre dans les endroits les plus obscurs, pour préserver les plus jeunes de cette propagande. Votre angoisse du libéralisme m'amuse. »

Cet usager peu scrupuleux considère en effet que la bibliothèque propose trop d'ouvrages consacrés aux droits des individus LGBT, plaidant pour un contrôle plus strict de la circulation des armes ou critiquant le président Donald Trump et ses décisions politiques.

L'usager conservateur choisit bien ses cibles, prenant le temps de parcourir les rayonnages pour ôter de la vue tous les ouvrages qui ne lui plaisent pas, y compris ceux portant sur les droits des femmes ou évoquant les procédures de destitution... « Votre bibliothèque s'efforce de sélectionner des ouvrages de qualité, présentant un large spectre d'opinions, et la plupart sont très consultés, et rarement disponibles », a répondu l'équipe de l'établissement dans un message.

Ce militantisme de bas étage qui consiste à dissimuler des ouvrages des collections de la bibliothèque n'est rien d'autre qu'une censure pure et simple : les établissements se doivent de proposer un grand nombre de points de vue, sans biaiser leur représentation. Et si des ouvrages n'ont pas leur place à la bibliothèque, ce sont ceux qui vont à l'encontre de la loi, en incitant à la haine, par exemple, et que la justice a considéré comme tels.
 
Sans compter que chaque dissimulation d'ouvrage fait perdre un temps précieux aux professionnels, ou peut entamer le budget à force de remplacements...

Ainsi, mieux vaut lire ces ouvrages plutôt que les dissimuler, pour mieux faire valoir ses arguments ou changer ses convictions, peut-être...


via Idaho Press


Commentaires
Vous censurez également les livres - en ne les chroniquant pas, et ne donnant aucune réponse à l'auteur.

Par exemple l'excellent "Histoire d'un petit Rien", de Renaud Lachamp (qui n'a pourtant rien de polémique)et a une réelle qualité littéraire.

Sincèrement.

HS
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