Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Siloë : "Si l'on reste sur le religieux, on risque la ghettoïsation rapidement"

Nicolas Gary - 07.06.2013

Edition - Librairies - groupement - librairies Siloë - librairies religieuses


Depuis les Rencontres nationales de la librairie, à Bordeaux, les réactions sont multiples. Celle de Sylvie Dreuilhe, de la librairie Siloë, de Castres, établissement centenaire, attire l'attention. Le réseau des librairies Siloë est un groupement d'intérêt économique, où chaque établissement s'implique dans la vie du réseau. Mais à Castres, la librairie jette l'éponge.

 

 

Religious Statues

Karsun Designs, CC BY-ND 2.0

 

 

Voilà trente ans, elle a repris l'établissement, et son mari dirige toujours la librairie Siloë d'Albi. « Les difficultés économiques et mon départ à la retraite nous ont décidés à fermer, simplement », et un peu tristement. Ce n'est pas faute d'avoir travaillé avec les éditeurs : spécialisée dans le domaine religieux, avec un grand rayon régionaliste, des romans et des sciences humaines, la librairie considère être victime d'une triple peine.

 

"La surproduction [...] n'est plus raisonnable"

 

« C'est d'abord la situation du commerce de centre-ville, qui soufre d'une désertion, puis le problème propre à la librairie, et les difficultés que l'on connaît. Enfin, c'est probablement notre spécialité dans la spiritualité qui nous a joué des tours. » Comme d'autres confrères, la librairie est victime d'une trésorerie fragile, accentuée « par la frilosité des banques ». La libraire évoque également « la surproduction de ces dernières années », et une économie du livre « qui n'est plus raisonnable ». 

 

Cette surproduction, Sylvie Dreuilhe a tenté de « la contenir. Nous avons lutté. Mais plus on essaye de rationaliser nos stocks, plus les offices abondent ». Alors les mesures que la ministre a annoncées en mars dernier, et le fonds que les éditeurs vont créer, tout cela, c'est très bien, mais « c'est tout d'abord très peu, et surtout trop tard, dans notre cas, mais plus généralement pour les libraires ». 

 

Concernant les aides à la transmission, « peut-être que faites plus tôt, oui, nous aurions pu les mettre en avant pour encourager de possibles repreneurs ». D'ailleurs, Sylvie Dreuilhe voit large : les commerces de la ville souffrent, en règle générale, sur tous les secteurs. « Internet joue des tours à tous les commerçants ».

 

Les éditeurs spécialisés, notamment grâce à l'influence du groupement Siloë, ont permis d'obtenir des remises importantes, « dans les meilleurs cas, c'est 40 % », alors que chez d'autres, plus généralistes « nous n'avons aucun poids. Chez Hachette, nous n'avons jamais décollé des 33 % ». 

 

"Il y a des angoisses, qui dépassent la librairie religieuse"

 

Hubert Emmery, président du GIE des librairies Siloë, et qui anime la librairie Siloë Biblioca de Nîmes, constate « quelques départs cette année, mais pas d'entrées » dans le groupement. « Dans l'état actuel de la librairie, les gens ont tendance à se centrer sur eux-mêmes et on peut les comprendre. Il y a aujourd'hui des angoisses, qui dépassent la librairie religieuse. »

 

Évidemment, le secteur est impacté par des éléments conjoncturels et structurels propres. D'abord, une clientèle « qui ne rajeunit pas forcément, et lit moins qu'auparavant ». Ensuite, les prêtres, qui voilà quinze ans représentaient une forte clientèle, sont désormais surchargés. Des laïcs les ont remplacés, « mais pas au même niveau ». 

 

 

Librairie Siloë Biblica, à Nîmes

 

 

Au niveau national, le groupement a incité les libraires à diversifier leur activité. « Si l'on reste sur le religieux, on risque la ghettoïsation rapidement. » C'est ainsi que Pierre Chevassu, de la librairie Siloë de Besançon, qui disposait d'un stock de 90 % de religieux a dû ouvrir son catalogue. « C'est également dû aux fermetures de librairies, celle de Camponovo, notamment. Sa librairie avait d'ailleurs connu de graves difficultés, et une campagne de communication avait invité les clients et les particuliers à soutenir l'établissement. »

 

"Notre imagination intéresse les éditeurs"

 

Profitant de l'arrivé d'un couple de pandas dans le zoo de Beauval, on avait mis en balance le coût du transfert des deux animaux et le coût d'un investissement dont aurait besoin Pierre Chevassu, de la librairie de Besançon. Hubert Emmery est enthousiaste : « Nous avons assisté à un très bel élan de générosité. Et surtout, nous avons pris conscience de ce que nous pressentions : il existe un véritable attachement du public pour nos librairies spécialisées. » 

 

La campagne de soutien prendra d'ailleurs prochainement fin, la librairie ayant reçu l'argent nécessaire pour assurer la poursuite de son aventure. 

 

Pour le groupement Siloë, la situation est donc tout aussi compliquée, et c'est à sa seule dynamique que le GIE doit d'arriver à s'en sortir. Les éditeurs religieux ont fait des efforts, notamment les éditions Mame (groupe Fleurus) : « Notre imagination intéresse les éditeurs », précise M. Emmery. Il faut assurer la présence sur différents endroits, comme les radios catholiques, chrétiennes ou protestantes, mais également des animations. « Dernièrement, nous avons inséré les catalogues dans Le Pelerin, pour arriver à augmenter les ventes par correspondance. » 

 

La messe est encore loin d'être dite...