Simon Casterman : enfin cesse la distorsion de concurrence pour les libraires

Nicolas Gary - 22.02.2018

Edition - International - Simon Casterman Belgique - prix unique Belgique - prix livre Belgique


Heureuse conclusion pour l’industrie du livre en Belgique et aboutissement de dizaines d’années de travail. Enfin, le pays met en œuvre, par palier, un prix unique du livre, inspiré du modèle français. Simon Casterman, directeur de la maison d’édition éponyme et vice-président de l’Association des éditeurs belges (ADEB), revient avec nous sur cette régulation bienvenue.




 

« Depuis plus de 30 ans – quand la loi française fut instaurée –, le débat n’a cessé d’émerger chez nous, puis d’être enterré, avant de ressortir, et ainsi de suite », se souvient-il. Représentant de l’ADEB lors des multiples réunions qui ont permis d’aboutir à ce décret, il constate qu’enfin, deux mondes sont parvenus à s’entendre.

 

« Historiquement, ce dossier porté par les libraires et les éditeurs visait à mettre en œuvre une réglementation sur le prix du livre – c’est le volet culturel du dossier, disons. En face, un secteur économique important, la grande distribution, friande de discounts, tout particulièrement sur la BD, s’appliquait à enterrer le dossier – c’est le volet économique du dossier ». 

 

Réconcilier les ministères de la Culture et de l’Économie sur le sujet n’allait alors pas de soi. D’autant que les remises, notamment sur la BD, ont toujours servi aux grandes surfaces à attirer les clients, même si, note Simon Casterman, « depuis quelque temps, cette pratique de remises importantes sur les prix de vente s’est raréfiée ». Pour autant, qu’un Harry Potter ou un Astérix sorte, et des remises de 20 à 30 % ne manquaient pas de fleurir.

 

Reste que l’initiative flamande, qui a instauré son propre système de prix unique, aura motivé les Francophones à accélérer le pas. « La situation du marché belge francophone est assez différente de celle qui prévaut sur le marché néerlandophone. Dans l’espace francophone, une grande majorité des ouvrages achetés en littérature et en jeunesse sont importés de France, et subissent, pour certains, une augmentation substantielle de leur prix de vente par rapport aux prix pratiqués sur le marché français. » 

 

Rétablir une juste concurrence 
 

Cette augmentation de prix, appelée tabelle, provoque pour les libraires belges une distorsion de concurrence par rapport aux sites de ventes en ligne, accessibles sur le marché belge, qui proposent les prix de vente appliqués en France. Quand un lecteur découvre qu’il peut acheter pour 15 à 20 % moins cher le même ouvrage, difficile de le persuader d’aller soutenir son libraire.

 

« Voici 10 ans, le commerce en ligne n’était pas aussi développé : la différence était moins visible, et le client final pouvait en avoir moins conscience. » La réflexion sur le prix unique en Belgique francophone a dès lors dû aborder bien naturellement la question de la limitation des remises, mais également celle de la disparition, à terme, de la tabelle. Reste à voir comment les distributeurs concernés, Dilibel (groupe Hachette Livre) et Interforum Benelux, vont s’adapter à cette situation, car cette tabelle leur permet actuellement de financer leurs activités de diffusion et de distribution en Belgique. 

 

Sans ce différentiel de prix défavorable aux libraires, on pourra assister à un certain renouveau, charge aux libraires de jouer pleinement leur rôle. Mais il faudra certainement du temps : les habitudes de consommation ne seront peut-être pas simples à modifier.

 

Sur la question des remises, « la solution flamande (respect du prix imposé pendant 6 mois) était insuffisante pour nous, francophones : nous estimions avoir besoin d’une protection plus longue, similaire à la loi française, dont notre future réglementation s’inspire largement. Mais il faut toutefois souligner cette ‘exception belge’, qui concerne la bande dessinée : il s’agit en effet d’un secteur éditorial important en Belgique francophone, tant en terme de création éditoriale que de consommation. Il était important, dans ce secteur, de conserver une dynamique commerciale : les prix de vente seront donc libres après une période de protection de 12 mois. »

 

Et de conclure : « Reste maintenant à mettre en œuvre, sur la Belgique, une réglementation pour le livre en néerlandais, une réglementation pour le livre en Français (avec l’exception BD) et la disparition progressive de la tabelle. »
 

Bruxelles pourra finalement appliquer le prix unique pour les livres 



À l’occasion de la Foire du livre de Bruxelles, une rencontre-débat est organisée autour du thème Lire pour réussir, un enjeu de société. Parmi les membres de l’Union européenne et les pays membres de l’OCDE (31 pays), la Fédération Wallonie-Bruxelles occupe la dernière place dans la compréhension en lecture, avec des résultats en baisse au cours des cinq dernières années. 

 

Devant ce constat alarmant, les éditeurs « jeunesse et scolaires » se mobilisent ainsi que tous les acteurs concernés, du monde de l’enseignement à la société civile, et prennent conscience de la nécessité impérieuse d’agir. Rendez-vous à 10h30 sur la Grand Place du livre. 




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