Singapour : les livres sur l'homoparentalité n'iront pas (tous) au pilon

Louis Mallié - 18.07.2014

Edition - International - Homoparentalité - Censure - Singapour


Le ministre de l'information de Singapour, Yaacob Ibrahim, a annoncé que deux des trois livres sur l'homoparentalité censés être retirés des bibliothèques et détruits ne le seront finalement pas. C'est face à l'ampleur de la contestation qui avait suivi la décision de la National Library Board (NLB), que le ministre a choisi d'annoncer sur sa page Facebook une modification de la décision. 

 

 

Photo by Serena Toh

Yaacob Ibrahim (The international, CC BY 2.0)

 

 

La controverse a commencé la semaine dernière, lorsque le NLB a annoncé la suppression de trois titres des étagères. Plus encore, le NLB entendait immédiatement les mener au pilon… Une large vague de contestation s'était alors levée, et de nombreux écrivains s'étaient désistés de différents jurys et festivals en signe de protestation. On se rappellera notamment de la démission de Thirunalan Sasitharan, Romen Bose, et Robin Hemley du jury du Singapore Litterary Prize, plus prestigieux prix littéraire du pays. 

 

Les trois titres concernés étaient And Tango Makes Three, Who's In My Family : All about Our Families, et The White Swan Express : A Story About Adoption. Or, le ministre singapourien a expliqué, dans une annonce pleine de concessions pour les deux parties, avoir adoucit la décision du NLB : « Nous soutenons le National Library Board dans sa décision de retirer les livres des sélections pour enfants », a annoncé le ministre, ajoutant que le NLB « continuera de s'assurer que les livres proposés dans la section enfant sont appropriés pour leur âge. »

 

Le ministre a également rappelé le fait qu'une grande partie de la population singapourienne était encore particulièrement conservatrice - et hostile à l'homosexualité. Pour autant, Yaacob Ibrahim a dit avoir compris les réactions à l'encontre de la décision du NLB : « Beaucoup se sont opposés à l'idée que les livres devaient être détruits après avoir été retirés de la circulation. Je comprends ces réactions, qui reflètent un respect bien établi de notre culture pour le monde des lettres. »

 

Le ministre est alors revenu sur le sort des livres :  « Du fait qu'il avait été retiré plus tôt Who's in My Family a déjà été mené au pilon.  Mais j'ai demandé à la NLB de ne pas en faire autant pour les deux autres titres, et de les classer dans la section adulte des bibliothèques. J'ai également demandé à la NLB de réviser leur façon de procéder avec ce genre de livres. »

 

Le ministre a ensuite conclu sur la liberté de la cellule familiale de proposer les livres qu'elle souhaite aux enfants - sans pour autant chercher à imposer son choix publiquement : « Le choix des livres que les enfants peuvent ou ne peuvent pas lire reste du ressort des parents. Ceux qui souhaitent lire ces livres à leurs enfants en auront le droit. »

 

Les parents restent libres, en effet et heureusement, quand bien même certains livres ne sembleraient pas jouir de la même liberté en librairie. Le volume 3 d'Archie, The Married Life, mettant en scène un mariage homosexuel, ne semblerait toujours pas répondre aux critères du Media Development Authority.

 

Le volume est en effet indisponible dans les rayons de la chaîne de librairie Kinokuniya à Singapour, dont un porte-parole expliquait : « Nous regrettons qu' Archie The Married Life ne rentre pas dans les critères établis par la Content Guidelines for Imported Publications, et soit retiré des ventes sur l'avis de la Media Development Authority (MDA). »

 

(via SBS)