Singapour : lourde peine pour un écrivain opposé à la peine de mort

Clément Solym - 16.11.2010

Edition - Justice - condamner - outrage - appareil


Il a 75 ans, est citoyen britannique et vient de se faire condamner à une peine de six semaines de prison, accompagnée (y'a pas de petits profits pour la justice...) de 20.000 $ singapouriens. Preuve que la justice s'applique à tous...

Alan Shadrake s'était lancé dans ce qu'il convient d'appeler un véritable exercice de provocation, en publiant un livre sur l'état de l'appareil judiciaire à Singapour. Et surtout en partant pour une tournée promotionnelle directement dans le pays. À peine arrivé sur le sol, il était mis aux arrêts par la police locale, qui assumait complètement le caractère autocratique. (notre actulaitté)

Mis en cause, le livre, mais surtout son contenu, pointant les méfaits de la justice dans le pays. Le juge de la Haute Cour, Quentin Loh, a rejeté les excuses formulées à la dernière minute de l'auteur, estimant qu'il s'agissait là d'un stratagème pour obtenir une réduction de peine. De toute manière, si l'amende n'est pas réglée, la peine de prison sera rallongée de deux semaines. Et comble du pompon, les frais juridiques sont entièrement à sa charge, soit 55.000 $ locaux.

Alan a une semaine pour faire appel.

Condamné pour outrage à la cour, Alan dénonce dans son livre le recours systématique à la peine de mort dans le pays, pour sanctionner à peu près tout et n'importe quoi. Le fait que Singapour pratique encore la peine capitale - par pendaison - pour le trafic de drogue ou l'utilisation illégale d'une arme à feu méritait bien que l'on en fasse un livre. L'assassinat et la trahison font aussi partie des motifs occasionnant la pendaison. Et au cours des 20 dernières années, 400 personnes ont ainsi été mises à mort.

Mais Alan se défend : « Les extraits ne portent pas offense au tribunal, et ne s'écartent pas du principe de la juste critique approuvé par le tribunal de Singapour. Les faits présentés dans le livre sont documentés et sourcés, ce ne sont en aucun cas des commérages alarmistes ou sans scrupules qui pourraient être les cibles de la Justice. » (notre actualitté)

Sauf que pour la cour, son ouvrage est de nature à pervertir et rabaisser la valeur de la justice dans le pays. « Un lecteur occasionnel et imprudent qui n'a pas appliqué un examen minutieux au livre, pourrait bien porter foi à ces allégations. Et ce faisant, il perdrait alors toute confiance en l'administration judiciaire de Singapour », assurait le juge.

Shadrake a de toute manière expliqué qu'il n'avait pas l'argent pour payer et son avocat s'est étonné que l'opinion publique anglaise ne lui ait pas accordé son soutien.