Singularity&Co : la numerisation au secours de la science fiction

Clément Solym - 27.09.2012

Edition - Librairies - singularity&Co - brooklyn - numérisation


ActuaLitté avait suivi le lancement, en août (voir notre actualitté), de la toute nouvelle librairie Singularity&Co située à Brooklyn, dont le projet fort ambitieux nous avait attiré. Au départ, l'objectif était de numériser des livres épuisés de SF, le tout mené sur deux fronts à la fois : une librairie numérique et une librairie physique. Aujourd'hui, grâce à notre médiateur, de voyage à New York, nous rapportons les propos de Jamil V.Moen, d'Ash et Cici James.

 

 

 

 

ActuaLitté : Bonjour Cici. Depuis deux à trois mois que votre projet est lancé, pouvez-vous dire quel accueil vous a été fait ?

Cici James : C'est un constat très positif. Nous sommes tombés pile au bon moment : cinq ans plus tôt nous n'aurions pas eu de contributions, cinq ans plus tard tout le monde aurait eu l'idée. Aujourd'hui, c'est différent. Les gens comprennent que Google et Amazon ont des pratiques certainement douteuses qui ne respectent pas le droit d'auteur. Il existe une résistance face à ces grosses plateformes qui a amené beaucoup de gens à nous aider : ils apprécient soutenir et prendre part à un projet respectueux et indépendant comme le nôtre.

 

C'est un fait. Les gens aiment le projet et il se développe. Nous avons de nouvelles souscriptions tous les jours. Actuellement nous en sommes à 5000 membres, dont 1500 soutiens au départ de notre annonce sur Kickstarter. A chaque nouveau livre, nous avons environ 1 000 personnes qui se rajoutent pour le moment.

 

ActuaLitté : Comment avez-vous évolué, dans le cadre de votre projet ?

Cici James : C'est-à-dire que ça a beaucoup changé. D'un complet bénévolat, nous sommes passés à 3 emplois. En fait, lorsque nous avons lancé notre demande sur Kickstarter nous avons eu 3 fois le budget que nous avions prévu.

 

Suite aux contributions, nous avons pu développer véritablement le projet, plus loin que nous le pensions. C'est pour cela, que pour Ash et moi, c'est devenu notre métier. Car nous ne nous focalisons plus seulement sur les livres tombés dans le domaine public, et qu'aujourd'hui nous sommes libraires à Singularity&Co, que nous gérons des numérisations pour notre site en ligne, et que nous allons même éditer des auteurs contemporains.

 

 

ActuaLitté : Et qu'avez-vous numérisé jusqu'ici ?

Cici James : 3 livres, pour le moment. Nous avons commencé par deux ouvrages tombés dans le domaine public, libres de droits : A plounge into space (Robert Cromie) et The Torch (Jack Bechdolt). Dernièrement, nous avons numérisé Mr Stranger's Sealed Packet (Hugh MacColl) et c'est là que nous avons aussi commencé à basculer.

 

L'histoire de ce dernier livre est assez magique. Il n'existe que sept copies dans le monde. Ce qui est étrange, c'est que beaucoup de personnes discutent à son propos, et qu'on en parle souvent lors des conventions de science-fiction, mais personne ne l'a lu. Nous en avons trouvé un exemplaire dans un monastère… et nous l'avons numérisé. Quelqu'un est passé dans ce lieu et l'a laissé là. Et personne ne s'en était vraiment inquiété. Nous avons pris des photos de chaque page, et nous avons réussi à obtenir les droits, après avoir retrouvé l'agent.

 

Nous voulions partager ce livre, car ce n'est pas seulement une affaire de copyright, il s'agit de sauver un trésor.

 

 

ActuaLitté : Dorénavant vous intégrez des livres sous copyright. Vous n'êtes plus totalement « free » ? 

Cici James : Oui. C'est là-dessus que nous avons aussi évolué. D'une plateforme offrant gratuitement des livres libres d'accès que nous aurions réussi à numériser, nous avons pu intégrer des ouvrages encore sous droits, mais qui sont soit oubliés ou épuisés. Désormais une partie des ouvrages sont payants.

 

Nous avons aussi décidé de vendre des livres « physiquement », de ne pas seulement nous concentrer sur les livres du domaine public, mais sur les ouvrages épuisés. Car avec l'argent récolté, nous avons acheté des bibliothèques lors de grenier, ce qui nous a permis de découvrir de nouveaux ouvrages et d'aller plus loin : les vendre et obtenir des droits de numérisation pour certains.

 

 

ActuaLitté : Pensez-vous que cette initiative est singulièrement propice à la SF ou seriez-vous prêt à inviter d'autres librairies à suivre votre exemple sur d'autres domaines littéraires ?

 Cici James : Nous aimerions que d'autres gens fassent ça, oui. Nous, nous allons continuer avec d'autres genres comme l'horreur, le fantastique, le thriller, le mystère et les westerns. Ce sont un peu tous les genres que les gens aiment mais auxquels ils ne prêtent pas vraiment attention. Il y a beaucoup d'écrits dans ces genres, mais les gens les oublient.

 

Nous restons dans la science-fiction et ce qui peut l'entourer, car c'est ce qui nous plaît et passer à la « littérature générale » serait trop imposant et difficile pour nous. Et puis, la science-fiction c'est notre « Arc de Triomphe » [en français dans le texte], c'est pourquoi nous l'avons choisie.

 

 

ActuaLitté : Connaissez-vous le site OpenCulture ?

 Cici James (enthousiaste) : Ah… non. [après l'avoir vu] Oh, super. C'est un peu comme nous, mais nous ne sommes plus seulement dans le domaine public. Et puis, tout le monde peut prendre un livre libre de droit et le mettre sur internet. Notre volonté est de dépasser le simple fait de mettre des livres connus, mais d'aller chercher des titres oubliés, de trouver les agents pour acquérir les droits et les numériser. Nous faisons les deux.

 

Nous voulons ressusciter et redonner à lire des choses qui ne sont plus là. Des choses qui ne circulent plus.

 

ActuaLitté : une exclusivité ?

Cici James : Oui… je vais vous dire le nom du prochain auteur qui sera numérisé sur notre site. Ce sera C.L. Moore (1911-1987). Nous avons retrouvé son agent et obtenu les droits pour quelques nouvelles contenues dans Judgement Night  (1952). Nous venons juste de signer le contrat et nous sommes vraiment excités. Et ne savons pas encore quelles nouvelles seront numérisées.

 

 

 

 
Interview de Cici James / Singularity&Co. par Droitecommelajustice

Photos et propos recueillis par B. Mayet