Situation des auteurs du livre en France : premiers indicateurs d'un malaise

Nicolas Gary - 12.03.2016

Edition - Economie - auteurs rémunération - teasing ministère culture - étude revenus


À l’approche du salon du livre de Paris, le ministère de la Culture présentera une étude portant sur la situation économique et sociale des auteurs du livre. Quelques éléments en ont été communiqués : ainsi, on dénombrait 100.000 personnes ayant perçu des droits d’auteurs en 2013, parmi lesquels « la grande majorité » exerce une autre activité professionnelle – plus rémunératrice, ça va sans dire.

 

Les auteurs bientôt tous à poil

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

L’étude s’appuie sur cinq enquêtes menées par les services du Ministère de la Culture et de la Communication et du Centre national du Livre (CNL), et par des structures régionales pour le livre (Le MOTif et la Fédération interrégionale pour le Livre et la Lecture – FILL), auprès d’auteurs professionnels et occasionnels.

 

On y découvrira :

 

  • les caractéristiques sociodémographiques ;
  • les revenus, liés ou non à l’activité d’auteur ;
  • la nature des revenus liés à l’activité d’auteur ;
  • les conditions dans lesquelles sont fixés ces revenus ;
  • la perception qu’ont les auteurs de leur activité, que ce soit la qualité de la relation avec l’éditeur, le sentiment de progression ou de diminution du revenu d’auteur, l’impact du numérique, etc.

 

 

Pour exemple, pour ceux qui exercent une autre activité, les droits d’auteurs ne représentent que 12 % de leurs revenus. « L’étude met également en évidence une situation contrastée entre ces auteurs dont l’activité artistique est accessoire et ceux pour lesquels elle est prépondérante. Pour une minorité d’auteurs, moins de 10 %, qui tirent l’essentiel de leurs revenus de la création artistique, les revenus tendent à s’éroder », assure la rue de Valois.

 

Il semble que quatre éléments permettent de comprendre cette idée : 

 

  • les évolutions du marché du livre, en stagnation ou en léger repli depuis près de 10 ans ;
  • la diversité croissante de l’offre disponible ;
  • la hausse ininterrompue de la production de nouveaux titres ;
  • le prix des livres qui augmente moins vite que l’inflation depuis 15 ans.

 

 

Par ailleurs, on constate une disparité manifeste entre les auteurs affiliés à l’Agessa (la sécurité sociale) et les non affiliés. 

 

  • 8 % des non-affiliés ont perçu des revenus d’auteur supérieurs au SMIC (13 345 € net/an) contre 59 % des affiliés ;
  • 3 % des non-affiliés des revenus supérieurs à 2 fois le SMIC (26 690 €) contre 24 % des affiliés ;
  • à ces revenus, s’ajoutent également les revenus connexes d’auteur (conférences, lectures, etc.), qui atteignent 11 % du revenu d’auteur total des affiliés.  

 

 

Bien entendu, pour une personne qui passera un an, ou bien plus, à travailler à une œuvre, l’investissement personnel est légitimement perçu comme moindre en regard de la rémunération obtenue.

 

Mais les éditeurs « voient la part de ces rémunérations peser de plus en plus sur leur compte d’exploitation », indique le MCC. Ces derniers verseraient à ce jour 17 % du chiffre d’affaires, contre 12 % en 2000, aux auteurs. Ce qui représente près de 10 % du prix public HT des ouvrages vendus. 

 

La synthèse des enquêtes ne sera pas présentée au Salon du livre de Paris, mais à la Société des Gens de Lettres, ce 16 mars