Sorti du silence, Bob Dylan frappera bien aux portes de l'Académie Nobel

Nicolas Gary - 29.10.2016

Edition - International - Bob Dylan prix Nobel - Académie Nobel chanteur - poésie Dylan médaille


Depuis l’annonce, Dylan avait gardé le silence. Pas un email ni même un SMS : manifestement, son prix Nobel de littérature ne l’intéressait pas le moins du monde. Depuis le temps qu’on lui promettait, s’était-il lassé d’attendre ? 

 

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Xavier Badosa, CC BY 2.0

 

 

Certains poilus s’étaient agités depuis leur bocal : Dylan en Nobel de littérature, c’était insensé, les Académiciens avaient perdu le sens commun. Pierre Assouline, parmi d’autres, assurait : « Lui attribuer le Nobel de littérature, c’est affligeant (...) Je trouve que l’Académie suédoise se ridiculise. » Sauf que, ridiculera bien, qui se ridiculisera à la fin

 

Le problème était que depuis le 13 octobre, Dylan n’avait pas donné signe de vie : l’Académie, à force de coups de fil, de SMS avait décidé d’arrêter le harcèlement. Au moment où Dylan aurait envie de se manifester, il le ferait. Sinon, basta...

 

« Je peux me tromper, et clairement ce serait une honte de ne pas venir, mais, en tout cas, cette distinction est la sienne, et nous ne pouvons pas être responsables de ce qui se passe actuellement. S’il ne souhaite pas venir, il ne viendra pas, et ce sera quand même une célébration », assurait Sara Danius, secrétaire permanente de l’Académie. 

 

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Mais après plusieurs semaines de silence, Dylan se décide finalement à parler. Fin de l’arrogance et de l’impolitesse, dont commençait à se plaindre l’un des membres de l’Académie Nobel. Au Telegraph, le chanteur explique qu’il tient absolument, s’il le peut, à venir à la cérémonie de remise des prix. Mais que tout cela reste encore un peut difficile à croire. 

 

« N’importe qui rêve d’un moment comme celui-ci », assure-t-il, même s’il ne fait pas vraiment un si grand cas de l’attribution du prix Nobel. Quant au chèque de 860.000 €, on peut légitimement envisager qu’il lui passe un peu au-dessus de la tête. On ne saura jamais vraiment ce qui lui est passé par la tête dans cette histoire de silence prolongé – qui a alimenté les spéculations les plus folles parfois. 

 

Sara Danius n’est pas rancunière et continue de défendre le choix des Académiciens : « Si vous regardez 2500 ans en arrière, ou plus, vous retrouvez Homère et Sappho, qui ont écrit des textes poétiques qui devaient être écoutés, ils étaient censés être exécutés souvent avec l’accompagnement d’instruments de musique. C’est la même chose pour Bob Dylan. Mais nous lisons encore Homère et Sappho et nous en profitons, et de de Dylan. Il peut être lu, et doit l’être. »

 

Le chanteur, lui, est plus réservé sur cette question : « Je vais laisser décider de ce que mes paroles peuvent être. Les universitaires, eux, doivent le savoir. Je ne suis pas vraiment qualifié. Je n’ai aucune opinion. »

 

Qu’importe, à vrai dire, si l’attribution du prix Nobel de littérature a une dimension politique : cette année, elle salue un grand bonhomme. Et même Philippe Sollers a su le reconnaître : « C’est parfait, [Dylan] c’est un candidat littéraire tout à fait hostile à Trump... Dylan contre Trump, voici les élections. »