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Sortie de crise à la librairie Gibert Joseph, après quatre jours de grève

Nicolas Gary - 25.01.2017

Edition - Librairies - grève Gibert Joseph - accord direction salariés - licenciement abusif


Au terme de 4 journées de grève, la direction de Gibert Joseph est parvenue à un accord qui mettra fin au débrayage. Une situation inédite pour cette structure, « quels que soient les désaccords sur l’analyse », assure-t-on. « Tout cela devenait disproportionné. » Une résolution bienvenue pour ce conflit largement médiatisé.

 

 

 

« Pour la direction, c’est disciplinaire, pour nous, c’est discriminatoire », assure Rémy Frey, secrétaire de section CGT chez Gibert Joseph. « Un conflit social de cette ampleur devenait insensé, pour un problème qui aurait pu être résolu très simplement. Les grévistes sont des gens attachés à leur métier de libraires, et certainement pas des bolcheviques acharnés, avec la volonté de battre le record de jours de grève. »

 

Ce matin, donc, un accord a été trouvé. La CGT s’est mise en retrait, pour faciliter cette signature, et une délégation de grévistes salariés est reçue par la direction. La procédure de licenciement, dénoncée et à l’origine du mouvement social, est annulée, et sera commuée en sanction. « Que ce soit un blâme ou une mise à pied, c’est compréhensible. Mais avoir retenu une faute pour justifier d’un licenciement était totalement abusif », poursuit Rémy Frey.

 

Reconduite le 24 janvier, à l’unanimité, la grève cessera donc ce 25. « La question du sénateur Pierre Laurent a ajouté encore plus de pression sur la direction. Mais tout cela doit surtout permettre d’ouvrir de véritables discussions sur la structure de l’entreprise. » La réorganisation hiérarchique aurait en effet engendré des dysfonctionnements, et du stress au sein des équipes.

 

« Le salarié en a été victime comme d’autres, et, certainement, il a adopté un ton vif pour répondre à un supérieur, faisant état de problèmes réels dans la société. Mais cela s’est fait sans menaces ni insultes. » Probablement ne se privait-il pas d’évoquer les perturbations dans le travail quotidien. « Mais son intention de se présenter au Comité d’Entreprise n’était pas l’occasion de porter la parole de la CGT : pour lui, c’était un outil destiné à améliorer le dialogue social. »

 

Prendre véritablement en compte les salariés

 

La CGT se félicite dans tous les cas que la procédure de licenciement soit annulée. Sauf que cette cacophonie montrerait que la direction de Gibert Joseph souhaite « empêcher les salariés de parler des problèmes rencontrés ». Et alors qu’une construction syndicale s’organise, la liberté de parole des salariés serait remise en question.

 

« Nous avons un véritable souci dans la circulation de l’information entre les représentants du personnel et la direction. Toutes les difficultés des salariés auraient pu être résolues voilà des mois, et même des années, si les demandes étaient accueillies non comme de la propagande syndicaliste, mais de véritables attentes des employés », indique Rémy Frey.

 

L’état d’esprit des équipes, au moment de la grève, démontre bien que les grévistes n’étaient pas farouchement positionnés contre l’entreprise. « Certains ont pris le temps de conseiller des clients, même quelques minutes, alors qu’ils étaient en grève. Des camarades qui sont venus étaient sidérés de voir à quel point les libraires sont impliqués dans leur métier. »

 

Désormais, les salariés espèrent surtout que l’on prendra plus en compte leurs attentes. « Gibert souhaiterait déployer une stratégie multicanal, pour renforcer la cohésion entre le site internet et les boutiques physiques. Bien entendu, cela peut occasionner une réorganisation des services, et un certain bouleversement dans les métiers. »

 

Mais personne ne s’y oppose par simple principe idéologique. « Simplement, les projets qui s’avancent se font sans aucune implication des salariés, et dans l’ensemble, nous sommes tous dans l’ignorance de ce qui peut advenir. Cette stratégie, nous n’avons rien contre. Il est temps que la direction cesse de crisper cette société pour un rien. »