Soudan : une bibliothèque en plein air donne des ailes aux habitants

Maxim Simonienko - 03.05.2019

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Abdirahman Moalim est bibliothécaire de profession. Il s'est rendu devant le siège de l'armée soudanaise pour un sit-in, à Khartoum. Comme des milliers d'autres de ses compatriotes, le bibliothécaire a longtemps contesté le pouvoir d'Omar el-Bashir. En faisant d'une pierre deux coups, il a également choisi d'improviser une bibliothèque en plein air, afin d'instruire les jeunes Soudanais présents dans les environs.
 
via Twitter (@Hamza_Africa)
 
 

La lecture comme symbole de la libération


« J'ai vu que la plupart des manifestants étaient jeunes. Au sit-in, ils n'avaient que leur téléphone et lisaient. Je me suis alors demandé si je leur apportais des livres pour qu'ils puissent lire et protester en même temps », a déclaré Moalim le bibliothécaire, plus connu sous le nom de Kabila, au journal Al Jazeera.

Kabila, qui travaille à la bibliothèque Modern Kabo de Khartoum, a vite remarqué que presque personne ne lisait de fiction. Les ouvrages qui attiraient le plus les Soudanais sont liés à la politique et au pouvoir.

Bibliothécaire depuis plus de 14 ans, il a été surpris par la rapidité des changements auxquels il a assisté récemment dans son pays. Le 11 avril 2019, l'armée a réussi à renverser Omar el-Bashir de son poste de président, qu'il occupait depuis 30 ans.
 
Durant ces années, de nombreux livres en rapport direct avec la guerre du Darfour ont été interdits sur les étagères des librairies soudanaises. Pour rappel, Omar el-Bechir est accusé par la Cour pénale internationale de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre lors de ce conflit.

Au fur et à mesure, les ouvrages parlant des grandes révolutions dans le monde ont également été retirés de la capitale. « Ils étaient paranoïaques, affirme Kabila, ils avaient peur que les gens découvrent ce qui se passait. Ils voulaient garder les gens dans le flou ».
 

Une initiative appréciée et partagée par les jeunes adultes


La bibliothèque en plein air n'a pas d'étagères ou de stands. Elle propose des livres à même le sol sur un tarmac. Les manifestants circulent et choisissent le livre de leur choix. Ils leur arrivent de les lire debout ou en se promenant. D'autres comme Arif Abdala, un instituteur, préfèrent s'accroupir. Il a découvert la bibliothèque de Kabila en arrivant et, depuis, ne parvient plus à la quitter.

« C'est la première fois que je viens ici et j'aime beaucoup. Il y a tellement de bons livres à lire. Beaucoup d'entre eux n'étaient pas disponibles auparavant », a confié l'instituteur de 27 ans en tenant Un long chemin vers la liberté  (traduit de l'anglais aux éditions Fayard), l'autobiographie de Nelson Mandela.

Un autre curieux, Rafaa Muhammad, a entendu parler de cette bibliothèque en plein air grâce aux réseaux sociaux. Ses camarades de classe avaient partagé des photos de certains livres jusqu'alors prohibés par le gouvernement. « Je vais aussi le partager sur les médias sociaux afin que de nombreux jeunes le sachent et en profitent. C'est vraiment incroyable », a-t-elle ajouté.

Certains manifestants sont même prêts à sortir le porte-monnaie afin de ramener chez eux des ouvrages convoités depuis des années. « J'ai acheté ce livre sur le conflit du Darfour. Je le cherche depuis de nombreuses années. Je connais Kabila auparavant, alors je lui ai dit : "Je ne partirais pas sans le livre" », raconte Hassan Gasim à Al Jazeera.

Pour plus de diversité, Kabila modifie chaque jour les livres proposés. Cela lui a permis de fidéliser une forte clientèle, à tel point qu'il a été forcé de demander main-forte à deux de ses amis.
 

« J'aime ce qu'il fait. Il sensibilise et informe notre peuple. C'est pourquoi je suis venu ici pour l'aider. Tous les jours, après avoir fini de travailler à 15 heures, je viens ici et je l'aide jusqu'à minuit », a déclaré Alfadil Alkhidir, ami de Kabila et technicien en électricité.

Le bibliothécaire a conclu son interview en précisant que les jeunes de son pays avaient besoin d'être informés. Selon lui, les livres seraient le meilleur moyen de leur transmettre le savoir nécessaire. Un savoir qui permettrait d'apporter un changement positif dans le pays suite à la destitution d'Omar el-Bashir.

via Al Jazeera.



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