Sous pseudonyme, Rowling fait du polar : 'Une expérience libératrice'

Nicolas Gary - 14.07.2013

Edition - International - JK Rowling - roman policier - sous pseudonyme


C'était « un début remarquable » pour « un roman policier classique dans la tradition de James et Rendell », assurait l'éditeur, Sphere. L'histoire évoquait un détective privé, travaillant pour l'agence Cormoran Strike, qui devait enquêter sur la mort d'une jeune femme. La thèse officielle : un suicide. Mais son frère a des doutes. Strike, l'enquêteur, est un vétéran de la guerre, et cette affaire lui offre une véritable bouée de sauvetage, pour ses finances. Sauf que derrière l'auteur, Robert Galbraith, se cachait une célèbre romancière... JK Rowling. 

 

 

 

 

C'est le Sunday Times qui a découvert le pot aux roses : le livre, publié le 18 avril dernier, avait réalisé 1500 ventes. Et il fut plutôt salué par la critique : qui parle « d'un début brillant », qui remarque le talent de l'écrivain à décrire les vêtements des femmes. Même des auteurs ayant pignon sur rue dans le polar ont apprécié la lecture !

 

Val McDermid souligne que le livre lui a rappelé « pourquoi il était tombé amoureux du polar immédiatement ». Peter James ajoute : « Je pensais que c'était un écrivain très mûr, pas un débutant. » Et tout le monde tombe dans le panneau. Au point que Rowling finit par lâcher le morceau : c'est bien elle qui a écrit The Cuckoo's Calling. D'autant qu'elle avait, par le passé, avoué son affection pour le polar, en parlant du travail de Dorothy L. Sayers. 

 

« J'avais espéré garder ce secret un peu plus longtemps, parce qu'incarner Robert Galbraith fut une expérience libératrice. Ce fut merveilleux de publier sans exubérance ni attente. Et un pur plaisir de recevoir des commentaires sous un nom différent », explique-t-elle.

 

Un inconnu pour qui toutes les portes s'ouvrent...

 

Pourtant, en remontant le fil, les indices ne manquaient pas pour tenter de faire le rapprochement. D'abord, Galbraith et Rowling ont le même agent, Neil Blair, qui dirige Blair Partnairship. Et sur le site de l'agence, Galbraith est le seul à ne pas disposer de photos, juste une silhouette. 

 

Ensuite, c'est la maison Sphere qui a fait paraître le livre, une filiale de Little, Brown, qui a publié The Casual Vacancy, dernier livre officiel de Rowling. Et l'éditeur de Sphere, David Shelley, a également supervisé le travail autour de ce dernier roman de Rowling. En outre, en tant que patron de la maison d'édition, difficile de le voir s'occuper d'un premier roman d'inconnu. 

 

Et puis, Rowling avait averti : dans un entretien, voilà quelques années, elle avait assuré qu'après Harry Potter, elle se lancerait dans l'écriture, mais plutôt sous couvert d'un pseudonyme. 

 

Deux linguistes spécialisés dans l'informatique, Peter Millican et Patrick Juoal, des universités d'Oxford et de Duquesne, ont passé à la moulinette d'un programme de comparaison de textes qu'ils ont confectionné. Dedans, ont été injectés les livres de Potter, Casual Vacancy, mesurés à Cuckoo's Calling, et d'autres ouvrages de type polar. 

 

Ignorant que Rowling était derrière le livre, leurs conclusions étaient pourtant sans appel : « Il était frappant de voir que The Cuckoo's Calling était particulièrement proche de A Casual Vacancy, et même de Harry Potter et les Reliques de la mort. »

 

Rowling démasquée, et un effet immédiatement constatable : le livre est classé désormais #1 des meilleures ventes chez Amazon.com et #3 chez Amazon.co.uk...

 

Les adeptes des petits jeux SM de Christain et d'Anastasia ont également appris que EL James ne verserait plus dans l'érotico-bondage pour ses prochains livres. La romancière avait fait savoir qu'elle se dirigeait vers d'autres chemins narratifs. Son prochain opus « ne sera pas aussi grivois, et j'écrirais probablement sous un autre nom », expliquait-elle.