Soutenir l'emploi local, l'économie et la culture, avec les librairies

Clément Solym - 27.06.2012

Edition - Librairies - Syndicat de la librairie française - Arnaud Montebourg - optimisation fiscale


Le syndicat de la librairie française vient de diffuser un communiqué, dans la suite logique des déclarations faites hier par Mathieu de Montchalin, son président. Ce dernier avait en effet critiqué les annonces de Chalon-sur-Saône, concernant l'ouverture du centre de distribution d'Amazon. 

 

En effet, l'ouverture de ce centre allait générer 1000 emplois assuraient conjointement le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg et Frédéric Duval, directeur logistique Amazon France. « Amazon ne crée pas 1.000 emploi en Bourgogne. Ce sera 1.000 emploi au moment de Noël et de façon très ponctuelle », a dénoncé le président du SLF. Et d'ajouter : « Le gouvernement ne doit pas appeler cela des emplois de libraires, les emplois de libraires sont en librairie. » (voir notre actualitté)

 

Le léger couac, dans cet exercice peu fameux de diabolisation, c'était que l'on se trompait passablement de cible et manquait l'essentiel. D'abord, parce que personne, ni chez Amazon, ni au gouvernement, n'avait jamais parlé de la création d'emplois de libraires, vis-à-vis du centre de distribution. L'observateur attentif se grattait légitimement la tempe, en se demandant donc de quoi donc on parlait… 

 

Histoires d'emploi

 

Dans le communiqué du jour, le Syndicat tient donc à rappeler que « face aux 150 à 250 emplois permanents réellement créés par Amazon, la vente de livres génère en France plus de 20 000 emplois, dont 14 000 dans les seules librairies indépendantes (rapport de branche 2011 I+C) ». Et qui plus est, la librairie indépendante « représente une activité qui génère deux fois plus d'emplois que dans les grandes surfaces culturelles, trois fois plus que dans la grande distribution et, selon les chiffres de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (FEVAD), 18 fois plus que dans le secteur de la vente en ligne »

 

Tout cela est encore bien bel et bon, mais plutôt que de dénoncer des chiffres avancés, il serait préférable de se demander combien d'emplois de libraires seront créés et détruits dans le courant de l'ouverture de ce centre, affaiblissant ainsi l'économie locale. D'autre part, si le maire de la ville assurait que 350 CDI seraient créés avec Amazon, on peut également s'interroger sur le 'quand' de ces créations de postes.

 

Arnaud Montebourg, anxieux ?

 

Bien évidemment, il n'est pas question de revenir sur le fait que la librairie représente « un commerce humain qui mise sur des femmes et des hommes qui aiment les livres, les défendent et les connaissent comme ils connaissent leurs clients en chair et en os ». Il est évident que toute boutique physique incarne un contact et une relation plus évidente que ceux d'un écran. Mais enfin, il peut aussi être rappelé que le SLF a soutenu de toutes ses forces le projet 1001libraires, qui aura finalement échoué ; assez prévisible, effectivement, mais le montant des sommes investies dans cette utopie menée par des ego de gros investisseurs libraires peu habitués au net, ne pouvait pas avoir d'autre issue.

  

À ce titre, la formule qui représenterait une alternative viable à Amazon, intégrant dans la boucle les librairies physiques, manque toujours à l'appel. Ainsi, il semble assez malvenu de critiquer les aides publiques perçues par Amazon, si l'on se souvient des montants pharaoniques versés par les collectivités et le Centre national du livre pour 1001libraires. 

 

1+1=... ça dépend où se trouve le siège social

 

En revanche, il faut soutenir que l'optimisation fiscale d'Amazon, passablement passée sous silence par Arnaud Montebourg durant la conférence de presse en Bourgogne, alors même que le ministre fut auteur d'un ouvrage dénonçant cette pratique, est une pratique véritablement anticoncurrentielle. Mais il est vrai que l'ouvrage remonte à près d'un an, et que… l'on ne le retrouve probablement plus sur les tables des libraires. Difficile de s'en souvenir. 

 

On estime d'ailleurs qu'Amazon percevrait entre 4,5 et 12,5 millions € au titre de subventions, pour la création des emplois en Bourgogne - estimés entre 300 et 500. « La prime d'aménagement du territoire, les aides en matière de service de ramassage des salariés du Grand Chalon et des investissements dans des crèches pour les enfants des femmes qui travailleront chez Amazon. Ce dernier devrait employer 60 % de femmes, c'est important, l'essentiel des chômeurs en France sont des femmes », expliquait ainsi le ministre. (voir Bastamag)

 

Rue89 rappelait également que le dilemme du ministre - fiscalité ou emploi - avait été rapidement tranché. Contacté par nos confrères, le cabinet du ministre a assuré : « Le gouvernement va se saisir de ce problème, qui dépasse largement Amazon [...]. La règle est que la richesse produite en France soit taxée en France. »  Mais pour le moment, pas de nouvelles. Quant au livre d'Arnaud, il semble avoir disparu des esprits. 


À ce titre, le SLF met les pieds dans le plat, à raison : « 'Amazon, en rapatriant l'essentiel de son chiffre d'affaires au Luxembourg (905 M€ sur 930 M€) échappe pratiquement totalement à l'impôt en France. Il s'agit d'une concurrence déloyale au détriment des commerces indépendants et de proximité qui génèrent bien plus d'emplois tout en s'acquittant de leurs obligations légales. »

 

La taxe de qui ?

 

Il faudrait alors se tourner vers Aurélie Filippetti, si prompte à faire sauter le projet de réforme de Bercy sur le mécénat, au point de mettre en rage un proche du premier ministre, Jean-Marc Ayraut, rapporte dans son édition du jour, le Canard enchaîné. En effet, la fameuse taxe Amazon, dont il fut question durant le Salon du livre de Paris, en mars dernier, plus personne n'en entend parler.

 

« Nous réfléchissons à la possibilité de mettre à contribution les sociétés comme Amazon qui ne vendent qu'en ligne. Elles ne peuvent avoir le même traitement que des libraires ou des disquaires qui ont un fonds de commerce et supportent des charges beaucoup plus lourdes », expliquait-elle alors que le candidat Hollande battait la campagne. (voir notre actualitté)

 

Et le SLF de conclure son communiqué : « Acheter en librairie, c'est la meilleure façon de soutenir localement l'emploi, l'économie et la culture. »

 

Quant au livre de Montebourg, il sert probablement à caler un meuble…