Soutien à Joann Sfar : “Nous ne nous tairons pas.”

Nicolas Gary - 27.05.2020

Edition - Justice - soutien Joann Sfar - diffamation SGDL organisation - défense auteurs liberté


Après une intervention radiophonique remarquée, le dessinateur Joann Sfar a reçu un coup de bambou. Accusé de diffamation et menacé d’un recours en justice, l’auteur n’en a pas démordu. « Qu’ils en arrivent à me faire un procès, cela relève selon moi de l’indignité. Et c’est une honte pour une association qui prétend être au service des auteurs », ajoutait-il. 


 

Un événement sans précédent, qui agite le Landerneau au lendemain du déconfinement. Joann Sfar sur France Inter affirme que la SGDL représente mal les auteurs, et perçoit de l’argent qui n’est pas fléché vers ces derniers.

Dans un habile jeu rhétorique, l’association diffuse un communiqué et fait glisser les propos du dessinateur, sensiblement. « Ce 3 avril dernier, la SGDL a été chargée par le Centre national du Livre de la gestion du Fonds d’aide d’urgence aux auteurs. En tant qu’organisme reconnu d’utilité publique, la SGDL accomplit cette mission sans percevoir de frais de gestion et n’a reçu pour cela aucune subvention », peut-on lire.

Problème : Sfar n’a jamais évoqué ce fonds, jamais parlé d’argent public. La SGDL aurait voulu construire les motifs de sa propre accusation qu’elle ne s’y serait pas prise autrement. Sollicités sur ce point, ni le directeur général ni le président n’ont d’ailleurs répondu. 
 

Pour dire le fond de ma pensée, je ne peux pas croire un instant que les 24 membres du conseil d’administration de la SGDL soutiennent cette démarche. Parmi eux des auteurs, des éditeurs et divers acteurs de la filière livre. Je ne peux pas croire qu’ils valident cette attitude honteuse à mes yeux. Pas plus que je ne peux imaginer les adhérents de la SGDL favorables au fait que leurs cotisations servent à attaquer un auteur en justice parce qu’il ose critiquer la situation actuelle.
                                                 Joann Sfar (via Facebook)



Et voici qu’arrive ce qui devait arriver : une pétition. Soutien à Joann Sfar, clame le texte, qui retrace l’historique de cette abracadabrantesque situation. 
 
« Cette institution attaque Joann Sfar en justice pour diffamation, prenant personnellement contre elle les propos désillusionnés de l’auteur sur la gestion de la crise pour leur profession. Cet organisme privé s’est vu doté de deux millions d’euros durant la crise sanitaire, à la fois par l’État et les organismes de gestion collective, pour redistribuer des aides aux auteurs selon des critères très restrictifs et inadaptés à nos métiers. Ce dispositif est jugé inadéquat par beaucoup d’auteurs », peut-on lire. 

Et de dénoncer la plainte pour diffamation — assimilée pour certains à un « procès (ou poursuite) — bâillon », méthode généralement utilisée par les grands groupes comme mesure d’intimidation. Alors, paradoxe ? Comment défendre les auteurs et leur liberté d’expression, si face à une critique, la réponse est juridique ?



 
« La Société des Gens de Lettres attaque-t-elle en justice les maisons d’édition aux pratiques illégales ? Non. La Société des Gens de Lettres attaque-t-elle en justice notre organisme de sécurité sociale, qui a illégalement “oublié” le prélèvement de cotisations de 190.000 artistes-auteurs en France depuis 40 ans ? Non. Mais aujourd’hui, cette institution décide de faire pression sur l’un d’entre nous, pour le faire taire. Nous ne nous tairons pas. » 

La pétition vient d’être lancée, et pose deux demandes : 

– Que la Société des Gens de Lettres retire immédiatement toute démarche juridique à l’encontre de l’auteur Joann Sfar.
– Que l’État organise rapidement des élections professionnelles pour les artistes-auteurs au sens large (écrivains, scénaristes, plasticiens, dessinateurs, vidéastes, sculpteurs, etc) afin d'élire des représentants professionnels de SYNDICATS réellement représentatifs auprès des pouvoirs publics.

On peut, ne serait-ce que par curiosité intellectuelle, la consulter à cette adresse.


illustrations  © Marc Lizano


Commentaires
Cher Nicolas,



J'apprécie l'investissement d'Actualitté dans la défense des auteurs et je vous en ai maintes fois félicité. La SGDL, je n'en suis plus membre. La Ligue, oui.



Mais là, comme Samantha dans son autre post, vous faites preuve d'un peu de mauvaise foi. Notre cause est bonne, et n'a pas besoin que nous déformions les faits.



Vous dites: "Problème : Sfar n’a jamais évoqué ce fonds, jamais parlé d’argent public"



Sfar a dit: Il y a des organismes comme la Société des gens de lettres, qui sont censés représenter les auteurs et qui […] touchent parfois d’énormes sommes d’argent, qui ne vont pas aux auteurs et en fait, on n’est pas représentés. »



« On nous a promis qu’on aurait droit à ceci, à cela. Les sommes ont été allouées aux organismes dont je viens de parler — c’est-à-dire des organismes qui sont censés les redistribuer aux auteurs et qui ne redistribuent rien du tout. Les organismes ont parfois des hôtels particuliers dans le centre de Paris… »



Donc je suis désolé, mais il faut arrêter de jouer les effarouchés et de nier ce que tout le monde peut voir et entendre. Ca fait penser à ces joueurs de foot qui font un mauvais tacle et lèvent après les bras avec leur expression la plus innocente.



Sfar est rentré dans le lard de la SGDL avec un peu de mauvaise foi, et a d'ailleurs reconnu son côté excessif dans sa réponse à la SGDL. Le procès de la SGDL est ridicule, mais ne jouons pas non plus les Sainte-Nitouche et soyons un peu honnêtes.



Comme je l'ai dit en Samantha, en s'enflammant et en hurlant au meurtre de la liberté de penser, au martyre, nous tombons dans le même travers que la SGDL. Et personne ne sortira gagnant de cette guéguerre.
Bonjour Jean (et merci de nous lire)



D'un côté, on parle de diffamation : accusation forte, et tout se joue donc sur des termes employés. A l'occasion je vous en parlerais volontiers, nous (ActuaLitté) vivons une procédure de ce genre actuellement.



Des faits, donc : qu'il y ait insinuation, sous-entendu, filigranne ou autre, il faut s'arrêter aux mots utilisés. Et dans ces mots, Sfar ne dit pas "argent public", "fonds CNL", "fonds CNL/SGDL", etc.

Qu'il puisse fonctionner par allusion, et que les initiés (vous en êtes, nous aussi, peut-être) y voient plus que les propos, c'est une chose que je ne réfute pas. Mais que nous ayons le sentiment de lire entre les lignes n'autorise ni à faire dire à l'auteur ce qu'il n'a pas dit, ni à opérer des glissements sémantiques.

Je reprends un exemple : le répertoire Balzac. 0 argent public, pas un euro dirigé vers les auteurs. Sfar a-t-il eu cet exemple en tête ? Peut-être, peut-être pas. Dans tous les cas, il y a présomption d'innocence, obligatoire.



Si la SGDL se sent mise en cause, je la renvoie (volontiers) à ma grand-mère : "Qui se sent morveux se mouche."



Excellente journée !

Nicolas
Et voila. Le psycho drame parisien du deconfinement.
Merci de votre réponse Nicolas,



Pour être clair, en tant qu'initié à nos arcanes, je ne pense justement PAS que Sfar ait diffamé quiconque. Dans son raccourci à la radio, j'ai compris que la SGDL ne reversait pas parce qu'elle a accepté un plan minable dont la conception même garantit une redistribution à minima. Je n'ai pas vu la moindre accusation de détournement ou d'enrichissement. Dans la tête de Sfar, dans la mienne, la vôtre, c'est clair, nous entendons ce qu'il veut dire car nous en voulons tous à la SGDL. Nous savons qu'il ne parle pas de malversations.



Mais je pense qu'il est important de comprendre que la majorité des auditeurs n'étant pas dans nos arcanes, aura pu déduire qu'il y avait malversations. Ce qui irrite évidemment la SGDL, tout comme lorsque Samantha fait un gros raccourci dans son post d'aujourd'hui en affirmant que la SGDL a soutenu le texte sur la "liberté d'importuner". C'est une déformation de la réalité. Je précise que je comprends aussi que la colère et la frustration, que je partage, puissent conduire à ces excès. Mais ils ne sont pas souhaitables.



Est-ce qu'on ne peut pas tous respirer un bon coup? Ca s'appelle la désescalade. Et il faudra de toute façon que ça se produise.



En attendant, vive Actualitté!
Il reconnait qu'il a dit des grosses conneries diffamatoire et puis on en parle plus non ? Ou alors il apporte des preuves ?



"J. Sfar : Je peux le dire très simplement : Y’a des organismes comme la Société des Gens de Lettres qui sont censés représenter les auteurs et qui en fait parlent pour la filière livres dans son ensemble ou pour les éditeurs. Ils touchent parfois d’énormes sommes d’argent qui ne vont pas aux auteurs. (…) Les sommes ont été allouées aux organismes dont je viens de parler, des organismes qui sont censés le redistribuer aux auteurs et qui ne redistribuent rien du tout.



Ainsi, la Société des gens de lettres parle pour la filière livre dans son ensemble ou pour les éditeurs. Elle touche parfois d'énormes sommes d'argent qui ne vont pas aux auteurs.



On nous a promis que l’on aurait droit à des aides. Mais les sommes ont été allouées aux organismes qui devaient les redistribuer aux auteurs… Et qui ne redistribuent rien du tout. Alors que ces organisations en question ont parfois des hôtels particuliers dans le centre de Paris."
Eh ! Pardon ? J ai réécouté l'intreview (vous semblez aveuglé et peut-être ne l'avez-vous pas fait ?).



La journaliste lui demande ce qu il pense de l'aide d'urgence aux auteurs, ce à quoi il répond :

"On nous a promis qu’on aurait droit à ceci, à cela. Les sommes ont été allouées aux organismes dont je viens de parler [la SGDL] — c’est-à-dire des organismes qui sont censés les redistribuer aux auteurs et qui ne redistribuent rien du tout. Les organismes ont parfois des hôtels particuliers dans le centre de Paris..."



Faut être sourd pour ne pas comprendre que M. Sfar accuse ouvertement et sans même y mettre les formes la SGDL de détournement de fonds publics...

Où alors, M. Sfar ne comprend pas lui meme ce qu il dit quand il parle, ce qui est plus inquiétant...

M.Sfar ferait mieux de présenter publiquement ses excuses et reconnaître son erreur, car là il s'enfonce... Et vous avec... Je doute que cela n'arrange ses affaires devant un juge...

A bon entendeur !
Sincèrement, moi, c'est ma carte de la Ligue que je vais déchirer. Être représentée par des gens d une telle mauvaise foi et utilisant ces methodes, sans moi... La Ligue doit défendre les autrices et auteurs que nous sommes, pas se déshonorer comme elle le fait en ce moment... Que M. Sfar s excuse simplement où qu il quitte ses fonctions, il n'est pas digne de nous représenter.
Joann Sfar répond dans les médias en parlant de son droit a critiquer la SGDL sauf qu'il suffit d'écouter ce qu'il a dit : il critique la SGDL c'est un fait mais surtout il l'accuse de détournement de fond. Les mots sont là et c'est clair. Il en remet une couche au lieu de s'excuser. Ce sont quand meme de graves accusations.
Je crois qu'on peut dire qu'on est un certain nombre à commencer à en avoir notre claque des représentants de la Ligue (Sfar, Bailly, Rosnay et cie) qui jouent les stars. Ca devait se finir comme ça. A aboyer tout le temps, à insulter tout le monde, à raconter n'importe quoi sans réfléchir, sans consulter ses membres. La Ligue, je vous le dis, va disparaître aussi vite qu'elle est née. Et c'est bien triste, car beaucoup d'entre nous y ont cru. Mais on est si mal représentés...



Je condamne les propos de Joann Sfar et l'attitude suicidaire de la Ligue !!!
Vu le nombre de soutiens affichés des auteurs à la Ligue, ses positionnements depuis 1 d'existence et ses près de 2000 adhérents en si peu de temps... on peut apprécier ou non les personnalités de ceux qui militent, mais l'organisation fait du bon boulot !! C'est juste révélateur du fait que les auteurs veulent des élections non ? Comme ça chacun décidera à ce moment de quelle organisation les représente. La démocratie, quoi.
La Ligue des auteurs professionels dit des choses inctoyables ces jours-ci :



Une société d'auteurs ne devrait pas, jamais oh grand jamais, poursuive un auteur qui la diffame, parce que c'est un des leurs...



Bah oui tient !



Et les gendarmes ne devraient pas, jamais oh grand jamais, écrouer un flic ripou, parce que c est un des leurs...



Et les juges, ne jamais oh grand jamais, juger des juges corompus...



Et des politiciens, jamais oh grand jamais, denoncer les malversations d'un des leurs...



Bel esprit, qui en dit long sur ces gens-la!...
Bien d'accord avec vous. La Ligue se tire une balle dans la tête en soutenant Sfar comme elle le fait. Il a merdé, il doit partir. Quand on joue les présidents d'honneur et qu'on a pas la carrure, on retourne crayonner dans sa chambre...
Un peu étrange ces commentaires qui jugent qu'il y a bien "diffamation de la SGDL", qui "condamnent Joann Sfar" et annoncent (anonymement) une démission de la Ligue. Si la plainte va effectivement en justice, on verra comment les avocats plaident et le juge juge. En attendant le vrai scandale est bien et reste que la SGDL envisage de porter plainte contre un auteur ! Jamais un organisme supposé défendre la cause des auteurs n'a fait cela auparavant. Ce faisant la SGDL ternie elle-même bien plus son image que n'importe quel propos pourrait le faire.
Bizarre autant qu'étrange, en effet, ce tir groupé et anonyme contre la Ligue, Joann Sfar et Samantha Bailly... Manifestement, les trolls en service commandé sont de sortie. Allez jouer ailleurs (Twitter est fait pour ça), vous rendrez service à tout le monde.

La SGDL s'est tiré une balle dans le pied. Cette tentative d'intimidation la déconsidère définitivement aux yeux des auteurs et autrices ainsi qu'à ceux de nombre de ses membres.

Qu'elle en tire les conséquences et retire sa plainte ou qu'elle assume et aille perdre en justice.
C'est comme ça que vous concevez la démocratie? Seuls ceux qui partagent vos idees ont ici droit de s'exprimer. Les autres sont priés de se taire où d'aller voir ailleurs... Bravo !
Avant de donner des leçons de démocratie, commencez par vous présenter et ayez l'honnêteté de défendre vos idées à visage découvert. C'est cela un troll : un anonyme derrière son clavier qui vient empoisonner le débat.
Pitié ! épargnez-nous les « Si t’es pas d’accord avec nous c’est que tu es un gros troll qui empoisonne le débat bouh !».

A force de tirer à boulets rouge sur tout commentaire qui ne va pas dans votre sens on pourrait penser que vous êtes Sfar.
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.