Soutien à la librairie indépendante : de la taxe Dilicom aux marchés publics

Clément Solym - 02.11.2012

Edition - Librairies - librairie indépendante - fonds de soutien - Dilicom


Que l'on se tourne vers Camponovo ou la Voix au Chapitre, les librairies indépendantes s'inquiètent des fermetures à la chaîne : si le secteur n'est pas forcément menacé pour certains de ses représentants, l'humeur générale est morose, avec une part de marché en baisse, de 25,8% en 2006 à 23,4% en 2010, et probablement moins en 2012. La suppression de l'aide publique au CNL sonne comme un message limpide : les caisses sont vides, il va falloir chercher ailleurs.

 

 

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mikecogh, CC BY-NC-SA 2.0

 

À l'Assemblée nationale, la députée centriste de Nouvelle-Calédonie Sonia Lagarde, en tant que rapporteure pour avis sur les crédits du livre et des industries culturelles, souligne à plusieurs reprises l'intérêt que présente la proposition de Bruno Parent, de l'Inspection Générale des Finances : taxer les achats effectués sur le réseau Dilicom. À raison de 1 centime pour le libraire et 2 centimes pour l'éditeur, ce sont 3 millions € annuels qui pourraient être ainsi collectés via un fonds de soutien pour la librairie indépendante, vraisemblablement géré par le Centre National du Livre.

 

L'acteur taxé n'est toutefois pas encore défini : si le centime des libraires semble convenir à tous, rapporteure comme ministre, les 2 centimes sont tantôt réclamés à l'éditeur, tantôt au distributeur, dont la députée note d'ailleurs la « réticence »... Si Sonia Lagarde semble s'attendre à une lutte de longue haleine pour imposer cette taxe, (« Ce serait, il est vrai, un peu plus compliqué pour les éditeurs »), elle met en avant deux avantages :

  • il ne sollicite aucune ressource publique
  • il met à contribution tous les acteurs de la chaîne du livre y compris les acteurs dits « pure players »

En effet, le service « gère chaque année 100 millions de lignes de commandes provenant de tous les acteurs du marché du livre. Les libraires utilisent ses services, mais également la grande distribution, spécialisée comme généraliste, et ceux qu'il est convenu d'appeler les « pure players » sur internet », précise le rapport de Bruno Parent, qui remonte à mars 2012. 

 

Parmi les autres pistes évoquées, on notera également les conseils de mutualisation formulés par la rapporteure, sur le modèle de Libr'Est, qui rassemble des librairies de l'Est parisien pour faire diminuer les coûts auprès des distributeurs.

 

Remise en cause, la... remise de 5 % sur le prix unique du livre pourrait disparaître, ou voir ses conditions légèrement modifiées, et c'est en tout cas le souhait de Sonia Lagarde : « Enfin, est-il admissible que la loi sur le prix du livre soit détournée par des opérateurs de vente en ligne qui incluent les frais de livraison dans la réduction autorisée des 5 % ? » On pense évidemment à Amazon, mais la FNAC est aussi une adepte de la pratique.

 

Enfin, les marchés publics que constituent les achats des bibliothèques risquent de ne plus pouvoir s'effectuer via un appel d'offres, qui favorise forcément le fournisseur de livres le plus compétitif, au détriment des librairies indépendantes. Un rehaussement du « seuil obligatoire pour recourir à un appel d'offres de 15 000 euros à 50 000 euros » redonnerait de fait toutes ses chances aux libraires de proximité.

 

Enfin, la Commission semble s'accorder sur l'échec cuisant de 1001libraires, sorti avec 4 années de retard : toutefois, bon nombre d'entre eux recommandent un nouvel essai... Mais encore faudrait-il s'en donner les moyens...

 

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