Soutien aux libraires : sans baisse de TVA, l'enthousiasme du SNE amoindri

Antoine Oury - 05.11.2013

Edition - Les maisons - Syndicat national de l'édition - Christine de Mazières - Vincent Montagne


En marge des Assises du livre numérique organisées par le Syndicat national de l'édition (SNE), nous avons pu interroger sa déléguée générale, Christine de Mazières, et son président, Vincent Montagne, sur des sujets abordés au cours de la journée. Mais également sur le maintien de la TVA à 5,5 % sur le livre, qui impacterait de fait l'aide des éditeurs à destination des librairies.

 

 

Christine de Mazières (déléguée générale du SNE) et Vincent Montagne (Média Participations, Président du SNE)

Christine de Mazières (déléguée générale du SNE) et Vincent Montagne (Média Participations, Président du SNE) (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

À quelques semaines de la fin de l'année, les Assises ont permis au président du SNE de tirer un premier bilan de l'année 2013, et notamment de la solution automatisée mise en place au profit de ses adhérents, pour lutter contre le piratage. Dérivée de la solution britannique, l'outil a visiblement porté ses fruits, mais semble toutefois étranger à la fin des activités de partage illégal de la Team AlexandriZ : « Nous avons été informés après coup, mais il semblerait que la justice ait suivi son cours, nous les avions prévenus » explique Christine de Mazières.

  

Mi-octobre, le Sénat annonçait un rejet de l'abaissement du taux réduit de TVA, de 5,5 à 5 %, alors même que la mesure était annoncée depuis un bon moment, participant ainsi à l'effort général des éditeurs en direction de la librairie, promis cet été au cours des Rencontres nationales de la Librairie. Si Vincent Montagne souligne que la loi relative aux Finances n'est probablement pas définitive, il admet que l'opération est un peu plus ardue : « On ne peut pas trop se prononcer sur le plan, qui est pour 2014, et il appartiendra aux éditeurs et au bureau de se prononcer sur la façon dont ils interprètent cette opération. On peut dire, quand même, que si la TVA ne baisse pas, l'enthousiasme des éditeurs pour financer les libraires, à partir de la baisse de la TVA, est moins grand. »

 

« Maintenant, un certain nombre d'éditeurs soutiennent l'ADELC, continueront à le faire, voire renforceront leur aide à l'ADELC », ajoute Vincent Montagne, qui s'inquiète également de la situation des chaînes de librairies, des dépôts de bilan et pertes financières qui s'accumulent au sein des groupes.

 

Enfin, nous sommes revenus sur une déclaration plutôt polémique du président du SNE, prononcée le matin même au cours de son discours d'introduction : « Le SNE porte la conviction que la progression attendue du marché du livre numérique en France doit se faire au profit de la diversité culturelle sur Internet. Ceci implique d'être attentif aux multiples menaces qui risquent d'affaiblir la capacité de créer, comme les volontés françaises et internationales d'élargissement d'exception pédagogique et exception handicap. »

 

Or, un rapport récent, commandé par le ministère de la Culture, pointait les nombreux dysfonctionnements de l'exception handicap en France, ainsi que son très faible nombre de bénéficiaires. Visiblement, les connaissances du syndicat en la matière sont parcellaires, et on avance « des chiffres à faire expertiser ». Plutôt, oui : quand le rapport annonce que « la production annuelle de manuels scolaires adaptés à partir des fichiers numériques représente 10% du volume de nouveautés », la déléguée générale du SNE explique que, dans « le secteur très important du scolaire, tous les livres sont en numérique, et accessibles ».

 

Mettant en avant la rentrée littéraire numérique réalisée cette année, Christine de Mazières poursuit : « Avec l'EPUB3, qui est déjà adapté nativement et accessible, la technologie nous amène à l'accessibilité, mais tout ce qui est accessible ne doit pas être forcément gratuit. » La signature du récent traité de Marrakech, comme les possibilités d'une extension de l'exception handicap, inquiètent le syndicat : « Par exemple, ce rapport propose une extension de la définition de l'exception handicap aux dyspraxies ou aux dyslexies, que n'importe quel médecin pourra diagnostiquer, contre l'expertise d'un ophtalmologiste actuellement. Il faut trouver un équilibre. »