Exclusif : un amendement UMP attaque le prix unique des livres

Clément Solym - 23.05.2008

Edition - Société - prix - livre - amendement


L'économie du pays doit être relancée et modernisée, et un projet de loi est en cours et un amendement récemment déposé estime avoir trouvé la solution. Il vise en effet « à supprimer l’une des dispositions majeures de la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre en réduisant de deux ans à six mois le délai durant lequel les soldes de livres sont interdits ». Pour le moment l'amendement a été retiré, voilà pourquoi l'on n’en trouve pas trace sur le site du Sénat. Néanmoins, on peut en trouver un vestige sur cette page.

De deux ans à six mois, pour mieux vendre

On peut clairement y lire : « Aux termes de la loi de 1981 sur le prix du livre, il faut attendre deux ans après l'édition ou l'importation d'un livre avant de pouvoir le vendre avec un rabais supérieur de 5 %. On estime à près de 60 000 le nombre de nouveaux titres qui paraissent en librairie chaque année en France. Or la durée de vie d'un livre est relativement courte puisqu'un livre reste en rayon en moyenne 3 mois.

Aussi autoriser des rabais supérieurs à 5 % (dans la limite du seuil de vente à perte) sur les livres 6 mois après leur édition ou importation, au lieu de deux ans, permettrait de donner un deuxième vie aux livres les moins vendus (puisque non commandés depuis plus de trois mois) sans pour autant nuire au réseau des librairies, compte tenu du cycle de vie des livres.
»

Réaction et levée de boucliers générale

L'intervention de Christine Albanel, ainsi que la mobilisation d'acteurs majeurs du monde du livre, la Société des Gens de Lettres, Syndicat National de l'édition, le Syndicat de la librairie française « a permis d'alerter les parlementaires sur les dangers extrêmes de ces amendements et a favorisé le retrait de celui défendu par un membre du groupe UMP ». Et pourtant, une récidive frappe : un second amendement, porté par un député du groupe Nouveau Centre va tenter de ruer de nouveau dans les brancards.

Bouleversement dans le monde du livre

Dans un communiqué commun, le SLF, la SGDL et le SNE expliquent que « si cette disposition était adoptée par le Parlement, elle signerait la fin du prix unique du livre et amorcerait un bouleversement total du marché du livre ». Et les lecteurs seraient les premiers frappés par une telle dérégulation, qui se concrétiseraient en trois points
  • un appauvrissement de l’offre éditoriale, de nombreux titres ne pouvant plus être publiés par les éditeurs
  • une augmentation du prix moyen du livre préjudiciable au pouvoir d’achat des lecteurs, les éditeurs étant contraints de compenser le manque de recettes lié aux soldes par une augmentation globale de leurs prix
  • des obstacles supplémentaires pour le public dans son accès au livre du fait de la disparition de librairies en centre-ville
Un marché de soldes serait alors catastrophique pour les librairies indépendantes, les éditeurs et les auteurs, touchant donc toutes les parties de l'industrie du livre avec des répercussions funestes, estiment les trois groupes.

Loi Lang contre grand capital, round 2

La loi Lang, qu'Alapage a récemment mise en défaut, dans un jugement concernant la gratuité des frais de port, a pourtant « incontestablement permis un essor du marché du livre grâce à un réseau très dense de points de vente qui garantit la diversité de l’offre éditoriale et, donc, la richesse de la création littéraire ». Et le communiqué de rappeler que les professionnels l'avaient accueillie à l'unanimité.

De même que « les chiffres de l’INSEE montrent que, sur les dix dernières années, l’indice du prix du livre a évolué deux fois moins vite que l’indice général des prix », de même un amendement qui mettrait à mal cette loi « concurrentielle et anti-inflationniste » porterait un coup à la diversité culturelle aujourd'hui permise. « C'est pourquoi, les auteurs, les éditeurs et les libraires demandent le retrait de l'amendement sur les soldes de livres et en appellent à l'ensemble des parlementaires et au Gouvernement afin qu'ils rejettent ces tentatives de déstabilisation du marché du livre qui seraient ruineuses et irrémédiables pour l'économie du livre et pour la culture », conclut le communiqué.