Squarcini porte plainte, Mediapart riposte d'une plainte aussi

Clément Solym - 20.01.2012

Edition - Justice - Bernard Squarcini - medipart - violation


La sortie d'un livre mettant en accusation le grand patron du service de renseignement français, la DCRI, a provoqué diverses levées de boucliers, mais également révélé une révolte dans la presse, et plus particulièrement le journal d'Edwy Plenel, Mediapart. Et ça va se masser dans les tribunaux, pour examiner plaintes et contre-plaintes...

 

La première, qui a suivi la sortie du livre L'espion du président, publié chez Robert Laffont par Olivia Recasens et Christophe Labbé (Le point tous deux)  Didier Hassoux (Le Canard enchaîné), a provoqué l'ire de Bernard Squarcini. Un portrait de l'homme, brossé au vitriol, et qui le présente comme l'homme de la surveillance, au service de Nicolas Sarkozy. 

 

 

Me Patrick Maisonneuve, l'avocat de l'intéressé, a assuré que son client ne se laisserait pas diffamer de la sorte, et engageait des poursuites contre les auteurs et l'éditeur. Christophe Labbé assure cependant à l'AFP, toute sa tranquillité d'esprit. « Nous sommes très, très, très sereins. On a fait un travail extrêmement sérieux et extrêmement recoupé. » Du reste, ajoute Didier Hassoux, « C'est son droit. C'est l'occasion de lancer un débat démocratique autour du renseignement en France et autour du rôle de son chef »

 

Et puis, Squarcini serait coutumier des procès faits aux journalistes, alors restons tranquilles. 

 

Entre temps, l'équipe de François Hollande assuré de son soutien aux journalistes et Bernard Cazeneuve, porte-parole du candidat, frémit, auprès de Reuters : « Si ces faits sont établis, ils sont d'une extrême gravité et l'ensemble des personnes qui en ont eu connaissance doivent s'expliquer. » Et d'ajouter : « Si c'est à la demande du président de la République, il doit s'expliquer, car il est le garant du fonctionnement de la République. »

 

"Violation systématique des libertés"

 

Mais en face, Squarcini aura à faire avec un autre gros morceau : Edwy Plenel, fondateur de Mediapart a décidé de porter plainte. En effet, durant l'affaire Karachi, le site aurait été particulièrement surveillé par les services de la DCRI, et sous haut contrôle. L'ouvrage explique notamment que « Mediapart, qui était en pointe sur l'affaire Karachi, a fait l'objet en 2010 d'une enquête poussée du renseignement intérieur ».

 

Pour le fondateur, « les méthodes d'espionnage des rédactions par la DCRI, telles qu'elles sont décrites par ce livre, ne relèvent pas d'un dérapage occasionnel, mais d'une violation systématique des libertés ». Et si l'avocat de Squarcini s'offusque de voir qu'Edwy sorte de la polémique, pour entrer dans l'accusation, le journal n'entend pas laisser faire ce genre de choses.

 

Retrouver L'espion du président sur Comparonet

 

Interrogé par l'AFP, ce dernier explique : « Le code de déontologie de la police prévoit qu'un policier doit refuser un ordre illégal. Espionner des journalistes qui font légitimement leur travail est un ordre illégal. » Et il entend bien arriver à une vérité éclatante sur le sujet.

 

Pour l'heure, l'éditeur n'a reçu pour sa part aucune plainte ni assignation ni autre, et ne souhaite faire aucun commentaire sur le sujet. Robert Laffont attend tranquillement de voir ce qu'on lui fait parvenir, avant de réagir, éventuellement. « Ça m'inquiète du point de vue de la démocratie. Soit ils veulent cacher quelque chose, soit c'est une façon de nous empêcher d'aller chercher ce que nous voulons », note tout de même Didier Hassoux.