Stand vandalisé à Bruxelles : la Foire veut défendre le “débat d'idées”

Antoine Oury - 19.02.2019

Edition - Les maisons - Ring Bruxelles - stand ring bruxelles - ring lignes de cretes


Le mercredi 13 février, alors que l'inauguration de la Foire du Livre de Bruxelles touche à sa fin, un individu profite de l'absence de toute surveillance au stand des éditions Ring pour déchirer quelques livres et laisser une note indiquant « Sales fachos ». La maison d'édition dénonce l'action d'un groupe antifasciste et féministe, Lignes de Crêtes, tandis que la direction de la Foire rappelle l'importance du « débat d'idées » dans le cadre de l'événement.

Photographie et message postés par les éditions Ring au lendemain de l'événement,
le 14 février 2019, sur Facebook


« Ce matin, nous découvrons le stand ravagé, des livres de Zineb El Rhazoui dégradés, des pages de Zineb déchirées, un policier des RG belges accroupi qui vérifie la présence de colis suspects, le renseignement français qui passe constater et recueillir la moindre information, les autres éditeurs alentours silencieux qui baissent les yeux » : les éditions Ring ont posté un long message sur leur compte Facebook, le 14 février dernier, après un incident qui s'est déroulé dans l'enceinte de la Foire du Livre de Bruxelles, la veille, lors de l'inauguration de l'événement.

L'éditeur met en cause, dans le même message, le « groupuscule antifa, féministe intersectionnel, indigéniste et frèriste Lignes de Crêtes », un collectif avec lequel la maison a maille à partir depuis plusieurs années, en l'accusant d'avoir poussé le responsable à l'action. Pour l'éditeur, une lettre ouverte « contre la participation des éditions Ring à la Foire du Livre de Bruxelles », publiée par l'association Eunomia et Lignes de Crêtes le 13 février, constituerait ainsi « un énième acharnement diffamatoire ».
 

Pris pour cible


Dans cette lettre ouverte, un « collectif franco-belge d’acteurs culturels » s'oppose « catégoriquement à la participation des éditions Ring » à la Foire en mettant en avant les « best-sellers [de la maison] [...] qui développent des argumentaires ultra-réactionnaires, écrits par des auteurs coqueluches de la fachosphère », parmi lesquels le collectif cite Laurent Obertone et Papacito.

David Serra, fondateur des éditions Ring, réfute les accusations de cette lettre ouverte : « Nous n'avons jamais été d'extrême droite : je suis libertarien et j'ai la même aversion pour l'extrême droite que cette extrême gauche-là », explique-t-il, contacté par ActuaLitté. Et de mettre en avant la diversité du catalogue de la maison : « Je suis notamment l'éditeur et l'agent de Zineb El Rhazoui, l'éditeur de Pierre-André Taguieff, de Jimmy Page, de Julian Assange et prochainement de Zohra Bitan, membre de la LICRA. Ring a toujours condamné le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie. Nos enquêtes rendent compte de la réalité brutale d'une société en extrême mutation. »

Selon lui, « ce groupuscule [Lignes de Crêtes, NdR] harcèle régulièrement ceux qui tiennent des positions critiques sur l'islam, mais étrangement, ne s'en prennent jamais aux véritables éditeurs d'extrême droite connus des tribunaux de Paris et avec lesquels ils tentent lamentablement de nous amalgamer. Si je mise sur le temps et le sérieux de notre travail, je constate toujours que le procès en racisme reste l’assurance vie de ces groupuscules, le seul moyen de condamner la démocratie, d’interdire la pensée, de piéger le débat, et c’est à cause de ça que nous en sommes là. Cette accusation fallacieuse est donc le moyen le plus efficace de fuir l’ampleur de l’emprise des idéologies mortifères sur notre pays, des drames actuels et de notre futur proche. Et la pleine souveraineté des Français. »
 

« Nous réfutons cette accusation »


Dès la publication du post des éditions Ring sur Facebook, de nombreux médias s'emparent du sujet, d'autant plus que l'auteure dont les livres ont été dégradés n'est autre que Zineb El Rhazoui, ancienne journaliste de Charlie Hebdo menacée de mort pour ses positions et ouvrages sur l'islamisme radical et le jihad. 




« Nous avons découvert cette accusation tout le week-end dans les médias belges et français, où les propos de Ring ont été repris tels quels », déplore Nadia Meziane, militante du collectif Lignes de Crêtes. « Bien entendu, nous réfutons cette accusation et n'avons pas de commentaires à faire sur des faits rapportés uniquement par Ring », nous explique-t-elle.

Sur la plateforme du collectif, qui se présente comme « politiquement bienpensant, antiraciste, antifasciste, spirituel, international, féministe et résolument contre l’antisémitisme et l’islamophobie », on retrouve de nombreux articles consacrés à la maison d'édition, régulièrement dénoncée pour sa ligne éditoriale par les militants et militantes du collectif. « Nous assumons nos propos, nous savons que ce que nous écrivons ne rend pas Ring sympathique, mais il ne s'agit pas d'une maison d'édition comme les autres : leur catalogue comprend 75 auteurs, pas tous d'extrême droite, mais ce que Ring met en avant, c'est la ligne de Laurent Obertone. »

« Sur leurs réseaux sociaux, on trouve des faits divers tous les deux jours, commentés et mis en avant par Ring pour servir leur ligne éditoriale. Et quand la maison organise une dédicace de 24h, c'est avec Marsault, Obertone et Papacito, pas avec n'importe quels auteurs », souligne Nadia Meziane.
 

Pointer et interpeller, avant tout


Le collectif Lignes de Crêtes réfute par ailleurs l'accusation d'acharnement sur les éditions Ring : « Nous nous sommes aussi mobilisés contre la réédition des pamphlets antisémites de Céline par Gallimard : pour nous, c'est important d'interpeller sur la présence de l'extrême droite dans la culture, cela fait partie du combat de militant d'extrême gauche que nous menons. »

Pour terminer, Nadia Meziane tient à souligner que « quelles que soient nos divergences sur le fond, nous connaissons le courage, la force et l'engagement de Zineb El Rhazoui. Elle a été menacée directement par Daesh, elle a une vie terrible, et elle a bien le droit de défendre ses idées », indique la militante du collectif. Dans un communiqué publié à la suite des nombreux articles sur l'incident de la Foire de Bruxelles, le collectif ne pas accepter « d’être désignés comme des complices des attaques et des menaces terribles et inqualifiables qui pèsent sur Zineb El Rhazoui, cible de Daech et d’autres groupes terroristes ».

« Nous savons qu’elle soutient clairement des auteurs d’extrême droite comme Laurent Obertone ou Marsault. C’est son choix, et face à ce choix-là, nous serons solidaires de celles et ceux qui en subissent les conséquences. Mais notre choix, à nous, est aussi de ne rien avoir à dire de plus contre la femme victime des meurtriers et des terroristes, si ce n’est justement de réaffirmer notre combat contre tous les idéologues de la haine, qui arment les terroristes », précise encore le texte du collectif.
 

Comme si l'on réduisait Albin Michel à Zemmour et De Villiers


David Serra refuse d'accorder le moindre crédit à ce soutien : « Les éditions Ring affirment que les membres de Lignes de Crêtes ne soutiennent pas Zineb El Rhazoui, Nadia Meziane, militant du collectif, a par exemple qualifié Zineb de “femme d'extrême droite”. Il existe des liens avérés entre certains leurs camarades de combat et des soutiens actifs aux Frères Musulmans », précise l'éditeur.

« Leur soutien à Zineb est une façade, car ils savent qu'une telle attaque contre les livres de Zineb est très impopulaire. Il s'agit d'un groupe d'ultragauche, qui pratique notoirement le harcèlement et la diffamation, notamment envers les enseignes qui accueillent Laurent Obertone ou Marsault de chez Ring (BHV Marais, Théâtre de l'Atelier, etc.). » L'éditeur fait référence à d'autres événements, quand des manifestations avaient été organisées pour empêcher des séances de dédicaces de certains auteurs publiés par Ring. La maison a par ailleurs été visée par d'autres actions, dont une dégradation de la façade de ses locaux, en septembre 2018.
 
Plusieurs personnalités ont indiqué apporter leur soutien à Zineb El Rhazoui,
dont Raphaël Enthoven, sur Twitter


« L'objectif réel est de détruire l'éditeur des gens qui ne pensent pas comme eux. Notre catalogue démontre chaque jour sa diversité, ouvert à toutes et à tous, mais ils réduisent notre catalogue de 80 ouvrages à Marsault, Zineb et Laurent Obertone. C'est comme si l'on réduisait Albin Michel à Zemmour et De Villiers ou Buisson. À titre d’exemple, les éditions de L’Artilleur publient bien davantage d’auteurs de droite que nous, Albin Michel également, je ne parle pas des maisons d’édition d’extrême droite que tout le monde connaît et ne subissent étrangement que peu de stigmatisation. Toutes les opérations de sabotages contre les événements de nos trois seuls auteurs polémiques sont de près liés à l'équipe et l'entourage de Lignes de Crêtes », soutient encore David Serra.

Du côté de Lignes de Crêtes, on dénonce au contraire « une campagne d'intimidation de Ring qui vise régulièrement et presque toujours des femmes », suite à l'incident à Bruxelles. « Nous n'avons aucune inquiétude vis-à-vis d'une plainte : Ring menace régulièrement de plaintes des militants, des éditeurs, des auteurs ou encore des journalistes. Cela fait partie des méthodes d'intimidation qu'ils utilisent. »

Comme dans le post publié sur Facebook, Ring persiste et signe et assure qu'une plainte est à l'étude chez leurs avocats : « Leur participation en tant que complice à cette action pourra être prouvée, car la personne qui en est l'auteur a signé son méfait avec le symbole d'Antifas Bruxelles (BXL), un groupe copublicitaire du communiqué publié par Lignes de Crêtes par l'intermédiaire du site belge de l'association Eunomia. Tous les éléments de langage sont ceux de Lignes de Crêtes. L'enquête de police démontrera le lien entre cette action à la Foire du Livre de Bruxelles et l'appel à l'expulsion de Ring publié par Lignes de Crêtes. Nous avons reçu des milliers de messages de soutiens, de Raphaël Enthoven à plusieurs cadres de grands journaux parisiens », tient à préciser David Serra.
 

« Nous privilégions le dialogue et le débat d'idées »


Le surlendemain de l'événement, constatant que les médias s'intéressaient aux faits relatés par la maison d'édition Ring, la Foire du Livre de Bruxelles publie un communiqué dans lequel les organisateurs précisent qu'elle « a toujours voulu être un lieu de libre expression et de dialogue, dans le strict respect des lois nationales et internationales. Nous nous opposons à toute forme de violation de ces droits. »

En raison de la venue à Bruxelles de Zineb El Rhazoui, nous explique Gregory Laurent, commissaire de la Foire du Livre, « son service d'ordre personnel avait été renforcé par nos propres services. Enfin, la police de Bruxelles avait été informée de sa venue, et avait dépêché des renforts. » Cela dit, l'attaque contre le stand de Ring « a eu lieu avant la venue de Zineb » et pendant l'inauguration, raison pour laquelle l'individu n'a pas pu être interpellé par la sécurité.

Après l'incident, l'organisation de la Foire a renforcé la sécurité : « L'événement a eu lieu, il s'est bien déroulé », se félicite Gregory Laurent. « Ce type d'incidents a déjà eu lieu sur d'autres stands, à l'occasion d'autres éditions de la Foire du Livre. Nous pensons qu'il s'agit d'un acte isolé, commis par ce jeune individu, et nous n'avons pas constaté de revendication. Nous n'avons rien reçu de notre côté. » 
Interpellé dans la lettre ouverte du collectif d'acteurs franco-belges contre la venue de Ring à la Foire du Livre, Gregory Laurent défend l'invitation et la ligne éditoriale de l'événement. « Tant qu'un ouvrage, un auteur ou la maison d'édition ne tombe pas sous une condamnation ferme, du droit belge ou du droit européen, nous ne refusons pas leur venue. » Les éditions Ring n'ont jamais été condamnées, et seul l'auteur Marsault l'a été, récemment, pour harcèlement et injure publique, dans une affaire où la maison d'édition avait pris ses distances avec les propos de l'auteur – ce que les opposants de la maison, et notamment Lignes de Crêtes, réfutent.

« C'est pour nous une question délicate : il faut être très vigilants par rapport à celle-ci, car nous devons conserver une neutralité. Si quelque chose relève de la justice, nos avocats nous alertent. Dans le cas contraire, nous privilégions le dialogue et le débat d'idées », précise encore Gregory Laurent, qui insiste sur « les procédures en interne assez claires » qui engagent le comité d'éthique de la Foire du Livre.


Commentaires
Vive la liberté et vive Ring ! Je n'aime pas Marsault mais je soutiens l'immense majorité des auteurs de cette maison courageuse !
Où l'on découvre la nature fasciste des gens de gauche, malgré Mussolini (ex président du PSI), malgré Hitler (ex responsable du NSDAP), malgré Stalline (environ 100 millions de morts au compteur), etc, etc. La gauche c'est le totalitarisme, toujours.
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