Stations essence en berne : quel Ravage ?

Clément Solym - 19.10.2010

Edition - Société - barjavel - penurie - essence


Dans l'émission Ce soir (ou jamais), présentée par Frédéric Taddeï, hier soir, était présent un philosophe et urbaniste, Paul Vrilio. Ce dernier, concernant la pénurie d'essence qui menace, ou frappe déjà, selon que l'on se fie aux uns ou aux autres, devrait nous renvoyer aux problématiques écologiques.

Après tout, parler de la pénurie d'essence revient à envisager la fin du pétrole dans quelques années, plus ou moins nombreuses, et donc pose les questions environnementales et énergétiques idoines. Comment faire sans énergie fossile ? Quel devenir pour le monde de l'automobile ? Et ainsi de suite...

Privation... les ouvrages qui en parlent sont nombreux, mais il est peut-être un livre qui mériterait plus que jamais d'être relu, en ces temps de pénurie, une uchronie fichtrement bien bâtie, et que l'on a tendance à passer sous silence quand elle a pourtant bien lieu d'être citée.

Précis de genre

Au contraire de l'utopie, où tout le monde vit pour le mieux au pays des Bisounours, en se papouillant les joues à longueur de temps, la dysopie présente une société malheureuse comme les pierres, en ce que son organisation ne lui permet pas de vivre dans un bonheur édénique, option corne d'abondance de la chèvre Amalthée.

Au rang de ce genre littéraire, et en pleine période de pénurie d'essence - où l'on est encore, fort heureusement loin des ambulances en rade - prenez le temps d'ouvrir Ravage, de Barjavel. Alors, certes, on pourrait trouver un univers plus proche, où c'est l'essence qui manquerait, l'avantage de Ravage est de présenter une société plus largement impactée.

Parce que c'est l'énergie électrique qui vient à manquer. Sans laquelle vous ne consulteriez pas avec autant de plaisir ActuaLitté. Évidemment, la pénurie d'essence ne provoquera pas les meurtres, incendies, ni le côté sinistrement prophétique que l'on peut lire dans le roman de Barjavel. Simplement, le retour à un Éden, tel que les personnages le vivent, dans leur espoir secret de parvenir à oublier la société et les technologies qui les ont entourés nous renvoie facilement aux voitures inaptes à fonctionner, car privées de l'essentiel carburant.

Et si l'on reprenait son vélo ? Et si l'on regardait de plus près les scènes de quasi-pugilat entre ces deux bonshommes, croisés ce matin, empressés de faire le plein dans cette station ouverte. Tous deux près à se mettre sur la tronche vilainement, parce que l'un n'allait pas assez vite pour l'autre, qui redoutait de ne pas avoir sa part.

Société de la mécanique et de l'énergie, grand bien t'en fasse, mais quand celle-ci est dans la rue et contrarie les approvisionnements... Allez, point d'image sous-jacente de Pétain, comme elle existait dans Ravage, à travers cette précieuse essence qui vient à manquer. Mais tout de même...