Stendhal, complice des arnaques aux livres qu'Amazon laisse passer

Nicolas Gary - 21.08.2019

Edition - Justice - escroquerie Amazon livres - Stendhal arnaque - domaine public contrefaçon


Les outils qu’Amazon met généreusement à disposition des auteurs ont encouragé l’essor de l’autopublication. Depuis 2007 et la sortie du Kindle, une solution permet de vendre en numérique ou papier — avec impression à la demande pour ce dernier. Mais en dix ans, les arnaques de tout poil ont germé dans l’esprit de petits malotrus, qui ne reculent devant rien.



Le cas George Orwell, dont on retrouve des exemplaires au texte mutilé sur Amazon, a fait grand bruit. Des termes modifiés — “faces” devenu “feces”, ce qu’on appelle se faire mettre le nez dans le caca, certainement — ou même des utilisateurs qui se sont approprié les livres, allant jusqu’à apposer leur nom comme s’ils étaient les auteurs.
 

Redécouvrir le patrimoine, louable action


C’est tout le problème du domaine public qui est ici soulevé : des textes qu’il est possible de réutiliser à l’envi, puisqu’ils ne sont plus protégés par le droit d’auteur. Certaines rééditions numériques jouent honnêtement le jeu, apportant des enrichissements bienvenus, d’autres versions papier sont, elles, plus discutables.

Et après Orwell, on découvre que Stendhal fait également partie des victimes de la vague de contrefaçon : ce n’est pas que le tableau soit tout noir, mais la pratique fait voir rouge.

En 2013, Marc-André Fournier, éditeur des Guides MAF, soumet à iTunes une version de Histoire de la peinture en Italie, réédition partielle de l’ouvrage de Stendhal. Plusieurs enrichissements étaient apportés : peinture, musiques, acte de naissance de Léonard de Vinci, dessins, gravures, photos, etc., selon le principe que l’éditeur développe depuis quelques années. Le texte était alors proposé pour 1,99 €.

Une version gratuite était également mise à disposition sur le site Livres Pour tous, la même année. 

Retravailler le domaine public, avec des éléments complémentaires qui donnent au texte un nouvel éclairage, voilà bien ce que ce fameux domaine public offre de possibilités — entre autres. Et Henry Beyle, aka Stendhal, n’aurait certainement pas renié le travail effectué.
 

Une mauvaise impression, si on me demande...


Entre 2007 et aujourd’hui, un important mouvement s’est déclenché chez Amazon : l’outil Kindle Direct Publishing, qui permettait d’autopublier des ouvrages numériques, a été fusionné avec CreateSpace, qui accompagnait dans la réalisation d’ouvrages papier. Or, ce dernier avait déjà été pointé en ce qu’il favorisait le blanchiment d’argent — l’industrie du livre est une mafia des plus dangereuses, c’est bien connu.

En effet, des exemplaires de livres fictifs y sont (encore) vendus : le principe est simple, d’ailleurs. On s’approprie le nom d’un auteur, on publie des ouvrages au contenu douteux en son nom, et l’on récolte l’argent, en faisant des achats avec des cartes volées, par exemple.

L’impression à la demande chez Amazon était même qualifiée de royaume du piratage, constatant que certains éditeurs s’amusaient à reprendre des livres numérisés abusivement par Google Books à l’époque, pour les revendre. Or, si la numérisation était une contrefaçon, la vente des livres ne l’était pas moins. Des ouvrages sous droit, proposés aux clients, par un éditeur peu soucieux de respecter le copyright — tant que c’est lucratif.
 

Histoire de la peinture en Italie, ou Stend-vandhalisé


Mais revenons à Stendhal et aux amours italiennes : l’ouvrage des Guides MAF a dû attirer l’attention d’un autre type de margoulin, puisqu’en juillet 2018, un éditeur nommé Tecnibook, a décidé de mettre sur Amazon, via CreateSpace, son édition de Histoire de la peinture en Italie, à un prix exorbitant : 51,18 €. On parle au moins de beau livre dans ces conditions.

Sauf que l’escroc débutant s’est emmêlé les pinceaux : il a donné pour titre à son livre Les guides maf, et en auteur, Stendhal. Le méli-mélo historique prête à sourire, tant il est grotesque. 


 

Or, en comparant la préface du livre publié par Les Guides MAF en 2013 et celui de Tecnibook, on s’interroge : comment le même texte, à la virgule près, peut-il être reproduit aussi identiquement ? « Ils sont tout de même un peu gonflés de revendiquer un copyright », commente l’éditeur Marc-André Fournier, à ActuaLitté. « Je ne sais de quelle version le livre est issu. Un simple copier collé de la version texte ne pouvant justifier un tel prix car il existe une version papier chez Folio Essais à 12,10 €. »

Si l'on oublie la préface, manifestement volée aux Guides MAF, l’erreur de titre et d’auteur, le reste du texte est bien celui de Stendhal, relevant du domaine public, et commercialisé pour une cinquantaine d’euros. « Je ne comprends pas bien à quoi Tecnibook s’amuse, et pire comment Amazon ou ses ‘pourvoyeurs’ laissent passer un truc pareil », conclut l’éditeur. 

L’an passé, nous avions soulevé une autre escroquerie, bien en vogue : celle de faux livres, écrits par des robots qui moissonnent du texte ici et là, pour produire un charabia sans nom. Ces contenus sans aucun intérêt sont ensuite vendus sous le nom d’auteur de renom, mais ce ne sont que les escrocs derrière les comptes d’autopublication qui en récoltent les lauriers. 

Et les deniers. Surtout les deniers.


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