Stephen King et Neil Gaiman dénoncent Amazon le "voyou"

Antoine Oury - 12.06.2014

Edition - Economie - Stephen King - Neil Gaiman - Hachette Book Group


Dans le conflit Hachette-Amazon, ce sont les deux belligérants qui restent le plus silencieux. Le reste du monde de l'édition, lui, ne cesse de s'exprimer sur ce conflit diplomatique qui secoue les chiffres de vente du plus grand groupe d'édition mondial. Deux poids lourds de l'édition, Stephen King et Neil Gaiman, ont déploré l'irruption de méthodes capitalistiques dans le milieu de l'édition.

 

 

Bedtime stories

L'ombre du grand capital ? (Ivan, CC BY-SA 2.0)

 

 

Stephen King n'a pourtant rien contre Amazon, a priori : il a déjà collaboré avec le vendeur en ligne pour la publication de Guns, un plaidoyer contre le port d'armes, au format Kindle Singles. Mais le Maître a tout de même pris la plume pour une courte tribune publiée dans la version papier du journal Entertainment Weekly, repérée par l'incontournable Club Stephen King.

 

L'auteur de Shining commence son texte avec un parallèle entre le blocus des livres publiés par Hachette Book Group et celui du Pont George Washington, dans le New Jersey, en septembre 2012. Le gouverneur républicain du New Jersey avait fait fermer le pont pendant quelques jours, afin de provoquer des embouteillages et gêner aux entournures le maire démocrate de Fort Lee, qui avait refusé de la soutenir dans sa campagne électorale.

 

Les révélations sur l'affaire avaient conduit au limogeage des ordonnateurs de cette fermeture, même si le gouverneur républicain Chris Christie s'en est sorti presque indemne. King souligne que Bezos ne sera pas inquiété, en raison « du peu de recours que les éditeurs ont, parce qu'Amazon domine le marché du livre ».

 

« Si Hachette renégocie les termes des contrats (qui restent inconnus) en faveur d'Amazon, il est probable que tous les éditeurs devront lui emboîter le pas » : en somme, Amazon s'est directement attaqué à l'éditeur le plus puissant, afin de faire comprendre aux collègues que la lutte est inutile. La stratégie « d'instillation de peur » d'Amazon touche même les auteurs, qui, d'après King, hésitent à prendre la parole contre Amazon, « de peur que le site ne retire le bouton d'achat sur leur livre ». Et quand on sait qu'Amazon compte pour près de 60 % des ventes de Hachette, les effets seront immédiats...

 

Et, en matière de peur, on peut faire confiance à King...

 

Neil Gaiman, l'altermondialiste de l'édition

 

De son côté, l'écrivain britannique Neil Gaiman aborde le conflit par un versant d'économiste : « On assiste au capitalisme en action, et ce n'est pas marrant du tout », souligne l'auteur, qui déplore l'irruption de méthodes aussi ouvertement mercantiles dans le domaine de l'édition. « Je pense que les livres sont spéciaux. Les livres sont sacrés. Et lorsque l'on vend des livres, je pense que, malgré les pertes et profits, il faut se souvenir que l'on travaille sur un terrain sacré. »

 

Toutefois, Gaiman reste optimiste : d'après lui, les règles que dicte actuellement Amazon au monde de l'édition ne sont pas plus immuables que celles en vigueur avant l'arrivée du ecommerçant. « Personne, pas même Jeff Bezos, ne sait vraiment ce qu'il se passe actuellement, ou comment la situation aura évolué dans cinq ans », assure-t-il en se qualifiant lui-même « d'antique créature éméchée et affaiblie ».

 

Il invite les jeunes auteurs à « tenter de nouvelles choses », même s'il rappelle que les libraires indépendants sont leurs meilleurs alliés, à un point que les boutiques en ligne et les grandes chaînes ne pourront jamais atteindre.

 

(via The Bookseller, merci au Club Stephen King pour la tribune)