Stephenie Meyer, Twilight, entre féminisme et puritanisme

Julien Helmlinger - 11.03.2013

Edition - International - Stephenie Meyer - Twilight - Féminisme


Stephenie Meyer, auteure de la saga vampirique Twilight, succès planétaire avec ses plus de 100 millions d'exemplaires écoulés de par le monde, a accordé dernièrement quelques confidences au Guardian. L'occasion pour l'écrivaine mormone d'évoquer les raisons qui l'ont poussée à composer une histoire où la passion amoureuse s'attrape par de douloureuses morsures, comme sa perception des romances traditionnelles, et d'expliquer à ses fans pourquoi elle aime tant collaborer avec d'autres femmes.

 

 

 

 

Avec Twilight, histoire d'amours torturés mettant en scène des vampires, l'écrivaine américaine a connu un véritable succès, les opus de la saga se hissant régulièrement parmi les listes de best-sellers. Les adaptations cinématographiques n'ont pas été en reste au box-office, et ses interprètes Kristen Stewart et Robert Pattinson sont désormais des incontournables des tabloïds de la presse people.

 

Et pourtant, Stephenie Meyer, 39 ans, n'est pas une inconditionnelle des romances littéraires. Selon ses termes, le registre serait habituellement trop « obscène » à son goût. Et par ailleurs, si elle a toujours été passionnée par l'écriture, elle a longtemps estimé qu'il aurait été présomptueux de sa part de se lancer dans une carrière de romancière.

 

Mais voilà, il y a dix ans qu'elle a malgré tout eu le courage de s'atteler à la composition de son récit, qu'elle allait achever en trois mois et qui allaient finalement inspirer toute une vague de romances, qui elle-même allait contribuer à la survie du secteur de l'édition. Si bien que même E.L James a qualifié sa propre saga de simple « fan fiction » de Twilight.

 

Romance à la mormon le noeud ?

 

Pour l'auteure autrefois anonyme, la vie après un pareil succès est devenue plus stressante, la tiraillant entre une quantité aussi énorme de fans que de critiques cinglantes. Sa romance est parfois qualifiée de « abstinence porn », on lui reproche d'inciter les jeunes à la « pureté sexuelle », « d'érotiser la violence domestique »  et de « promouvoir les messages anti-avortement ».

 

Et pour cause, l'écrivaine a grandi à Phoenix en Arizona, et a suivi ses études d'anglais au sein de l'université mormone, Brigham Young. Une expérience qui lui aurait inculqué le respect des grands écrivains et la modestie, en plus des préceptes mormons. Et c'est à l'âge de 21 ans qu'elle a épousé son mari, qu'elle avait rencontré à l'âge de quatre ans à peine, et déjà dans une église. Elle a vécu dans une famille très à cheval sur le mormonisme, où l'on ne boit pas ni ne fume, et n'est pas épargnée par les préjugés véhiculés à propos de sa religion.

 

Malgré ces accusations, Stephenie Meyer s'estime féministe. « Je pense qu'il ya beaucoup de féministes qui disent que je ne suis pas féministe. Mais, pour moi ... j'aime les femmes, j'ai beaucoup d'amies, je les admire, elles ont tellement plus de sens pour moi que les hommes, et j'ai l'impression que le monde est un meilleur endroit quand les femmes s'en chargent. Donc, ce genre de défaut fait de moi une féministe. J'adore travailler dans un monde féminin », rapporte The Guardian.

 

C'est notamment pourquoi elle fut heureuse de sa collaboration avec Catherine Hardwicke sur les adaptations cinématographiques de Twilight. D'ailleurs sur son autre projet Austenland, l'équipe de production est majoritairement féminine. Selon elle cela aura permis une approche sensiblement différente de celle traditionnelle, centrée sur les hommes.

 

Quant aux reproches que lui font les critiques, au sujet du refus de l'avortement par sa protagoniste qui risque pourtant de mourir en enfantant, l'écrivaine explique qu'il ne s'agit pas de communication d'un message politique, mais d'une simple retranscription de craintes qu'elle a elle-même éprouvées lors de sa grossesse.

 

Ses romans, bien que jugés d'un puritanisme exacerbé par certains commentateurs, ont séduit de nombreuses lectrices à travers le monde, avec leurs héroïnes fragiles et leurs mâles dominants, leurs amours chastes et soumis, et autres obsessions passionnelles. À l'heure où la pornographie est omniprésente, l'appétit de la jeune génération se tournerait-elle vers d'autres principes ?