medias

Stocker, prêter et vendre : des bibliothèques devenues librairies

- 30.12.2012

Edition - Bibliothèques - modèle économique - vente de livre - bibliothèques publiques


Les problèmes de financement, la réticence des éditeurs à proposer des ouvrages numériques en prêt, des utilisateurs dont les habitudes changent radicalement par rapport à ce que l'on connaissait voilà encore 10 ans. Le devenir des bibliothèques, et leur signification même sont interrogés : dans l'ère numérique, pourtant, plus personne ne vous entend réellement crier... 

 

 

Books stack

bittegitte, (CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Aux différentes limitations existantes, d'autres s'ajoutent, note Jason Kuhl, directeur général de la bibliothèque Arlington Heights Memorial. Dans son établissement, des travaux ont été entamés, pour transformer le premier étage en une zone plus... contemporaine : distributeur automatique divers, sièges confortables et surtout, un grand stock de best-sellers. Un immense stock. Or, l'espace n'est pas illimité.

 

« Une bibliothèque dispose d'un espace de conservation limité, de sorte que vous devez presque le penser comme un magasin, et organiser le stockage avec ce que les gens souhaitent y voir », explique-t-il. Une approche qui redéfinit complètement la fonction traditionnelle du bibliothécaire. D'ailleurs, les exigences des usagers, selon l'expression consacrée, sont devenues les exigences des... clients. 

 

Et devant la baisse des financements municipaux, différents lieux ont déjà composé, et se sont organisés pour montrer qu'ils étaient en mesure de répondre plus rapidement aux besoins du contribuable que les pompiers ou la police. 

 

Un modèle... économique ?

 

Se réinventer, comme le présente l'article du New York Times, cela peut passer par un exercice périlleux, de commercialisation d'une partie du fonds : limiter l'espace alloué aux ouvrages en prêt, pour organiser un endroit de vente de livres d'occasion, dont les revenus iraient alors au développement d'autres activités. Un best-seller, particulièrement demandé, durant une période très précise, ne sera plus qu'un poids encombrant quelques mois plus tard, lorsque la demande aura complètement disparu. 

 

Il est alors toujours possible de désherber, de se débarrasser des livres qui ne servent plus, ou sont trop abîmés, mais dans le contexte actuel de crise, tenter de gagner un peu d'argent, en revendant ce qui peut l'être est probablement un meilleur moyen d'exploiter les ouvrages devenus inutiles. Au Royaume-Uni, le gouvernement a opté pour cette solution d‘économie massive : des bénévoles prennent désormais part à la vie des établissements, pour économiser les coûts structurels de l'établissement. 

 

Alors, bien évidemment, un délicat équilibre doit être trouvé entre la mission première de la bibliothèque et un travail de commercialisation - le tout sans froisser la susceptibilité des librairies, indépendantes ou non. Surtout que les bibliothécaires, eux, ne souhaitent pas rompre avec leur responsabilité de prescripteur : il faut maintenir le lien et l'accès aux ouvrages anciens, aux classiques, aux oeuvres majeures, et permettre à chacun de pouvoir les découvrir.

 

La bibliothèque d'Arlington n'est d'ailleurs pas un cas isolé : celle de Darien (Connecticut), très présente sur les réseaux sociaux et le net amorce une réflexion identique. Considérer les lieux comme un troisième endroit, après la maison ou le travail/l'école, permet de maintenir la bibliothèque au centre des préoccupations de la communauté, et d'en faire un lieu qui se consacre à elle...