Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Strauss-Kahn inculpé : une page inédite de son roman

Clément Solym - 16.05.2011

Edition - Société - strauss - kahn - agression


La bombe a explosé dans la matinée de ce 15 mai. Le directeur général du Fonds Monétaire International, ou FMI, était inculpé de tentative de viol, agression sexuelle et séquestration. Fichtre... Dominique Strauss-Kahn, alias DSK, incarnant l’espoir des socialistes, soudain sous le feu de la justice pour une affaire de moeurs...

Et tout cela, peu après que Michel Taubmann, journaliste, a publié aux éditions du Moment, un livre de 304 pages, racontant l’homme, Le roman vrai de Dominique Strauss-Kahn. Voilà encore quelques heures, DSK incarnait un point de chute pour les primaires socialistes, et plus encore un présidentiable. Il en aura fallu peu : un coup de fil à l’aéroport de New York, dont il s’apprêtait à quitter le territoire. En quelques instants, l’Amérique a fait de DSK un pervers.

« Cela ne correspond absolument pas au comportement de Dominique Strauss-Kahn », rétorquait le journaliste sur France Info. Un discours qu’il tenait déjà dans son li vre : loin de l’image de séducteur, de flambeur ou de dilletante, Michel Taubmann oppose celle d’un homme maître de lui, qui n’a pas - n’a jamais - eu besoin d’exercer la moindre violence, qui conserve en toutes situations son calme.

DSK est un homme « que je n’ai jamais vu se mettre en colère », ajoutait-il plus tard dans la journée, sur France Inter. Dans sa biographie, il présente un homme génétiquement de gauche, qui n’a accepté ses fonctions au FMI que pour élargir son champ de compétences. Et sa première épouse, Hélène Dumas, de confirmer cette ambivalence : « Avant 1981, Dominique hésitait toujours entre deux destins : meilleur économiste du monde et ministre des Finances. »

L’homme qui avoue avoir fumé quelques joints du temps de Jussieu, en 1968, aujourd’hui au centre de toutes les attentions.


Mais une fois encore pour le biographe, si DSK aime séduire, cela relève d’un trait commun à nombre de politiques. Or, « un séducteur cherche à séduire et non à forcer », rappelle-t-il. D’autant qu’interrogé hier, il ajoutait, « pour l’instant nous n’avons que l’accusation, nous n’avons pas encore la défense de Dominique Strauss-Kahn ». Entre temps, on savait déjà que DSK et ses avocats plaideraient non coupables, mais pour l’heure, il s’agissait avant tout de contrebalancer les propos virulents ou les commentaires condamnant, au plus grand mépris de la présomption d’innocence, l’homme.

« Il lui est arrivé beaucoup de mésaventures dont il s’est à chaque fois sorti. (...) Mais c’est un chapitre du roman à rebondissements de sa vie que je n’avais pas prévu », concluait le biographe.

Que cette inculpation soit le fruit d’une réalité, ou qu’elle relève d’une sinistre machination, comme se plaît d’ores et déjà internet à le démontrer, reste une plainte déposée par une femme, et des accusations pesant contre un homme... On peut en effet se demander À qui profite le crime, mais il serait bon de savoir sur qui il va retomber, et quelles vies, pour l’heure, il met en péril.

« Nous n'avons pas entendu la version de Dominique Strauss-Kahn, nous savons qu'il plaide non coupable », assurait Jean-Marie Le Guen, sur la chaîne BFM-TV, convaincu que l’inculpation portée n’avait rien de commun avec le portrait connu de DSK.

Course à l’info : bientôt l’ebook des révélations ?


C’est connu, l’édition aime surfer sur l’information, et cette journée du dimanche 15 mai aura apporté de quoi donner aux rédactions un violent coup de fouet, particulièrement inattendu. Alors question : combien de jours avant qu’outre-Atlantique, profitant des solutions simplifiées, un éditeur ne se mette à publier le récit de la jeune femme auteure de la plainte ?

À faire vite, toujours plus vite, le livre numérique permet de réduire les délais de publication, de plusieurs mois à quelques heures... Verra-t-on la cupidité l’emporter sur toute forme de respect de la présomption d’innocence, faut-il le rappeler, avec la publication d’un texte racontant cette expérience ?

Que l’on se méfie de la technologie et de son apparente simplicité. Les éditeurs étatsuniens se réjouissaient voilà quelques mois de ce que le numérique leur permettrait de ne plus rater le coche de l’information et de l’actualité. Mais du livre à l’article, il existe un univers - celui qui laisse passer un peu de temps, pour appréhender globalement, et non plus informer sauvagement...