Street Book : Book Crossing hissé au rang de performance artistique

Nicolas Gary - 12.09.2013

Edition - Société - Book Crossing - abandonner les livres - artistes


L'association Street Book se présente comme un réseau social et artistique, fondé voilà deux ans. C'est également « une passerelle d'édition associative », qui va se lancer dans une première opération de passe-livres ces 13 et 14 septembre. Mademoiselle H., à l'initiative du projet, aura réuni quarante artistes dans un livre de 400 pages, dont 100 exemplaires seront abandonnés. « Sans même un pincement au coeur », ajoute-t-elle avec un sourire.

 

 

Lucie Desmats : Artiste Peintre Sculptrice

 

La première édition de l'ouvrage réunit des artistes, photographes, nouvellistes, romanciers, scénaristes. « Nous n'avons pas recruté les créateurs en fonction d'une ligne éditoriale, mais en fonction de leur envie de participer. Au départ, alors que j'écris, et que je ne suis pas parvenue à trouver un éditeur, j'ai décidé que mes textes trouveraient tout de même des lecteurs. Alors, j'ai choisi de les abandonner, et de disséminer mes livres. » 

 

Finalement, en parlant de ce projet, Mademoiselle H. décide de ne pas mener ce projet seule, et va créer l'association Street Book. L'intention reste la même : abandonner dans des lieux publics un livre, qui cette fois serait pluridisciplinaire - peintres, poètes, dessinateurs se joignent à l'aventure, « entamée avec des appels sur les forums, les réseaux sociaux, par le bouche à oreille ». 

 

Le financement, elle l'a assuré elle-même, et l'association ne réclame rien aux artistes qui souhaitent participer. « Ils doivent envoyer un dossier complet pour présenter leur travail. Mais ils ne paient rien, aucune cotisation. Nous faisons parfois des appels à dons pour assurer le financement. » 

 

Pour ce week-end, 100 livres seront donc abandonnés à Lyon, paris, Montpellier « un peu partout en France, mais aussi en Belgique, à Montréal, au Benin, en Guadeloupe et probablement en Grande-Bretagne ». Le public découvrira dans les lieux les plus fréquentés le livre - ou plutôt, les livres. « Chacun est identifié à un auteur précis : on a l'édition Bukowski, l'édition Kerouac et ainsi de suite. Ils sont tous identifiés par un nom d'artiste. Quand une personne trouvera un exemplaire, il pourra faire des photos, une vidéo et nous l'envoyer sur le site internet. » 

 

A découvrir sur Paris ce samedi...

 

Sur Paris, c'est une soixantaine de bouquins qui seront laissés à la disposition du public par trois groupes qui parcourront la capitale. Un cameraman, un photographe et des bénévoles seront là pour filmer les réactions des passants, non sans leur avoir expliqué l'histoire et l'aventure du livre. « Une fois que la personne sera repartie avec le livre, elle aura à charge de le déposer ailleurs, et d'indiquer où se trouve son édition. »

 

Rendez-vous à Montmartre, gare de Lyon ou du Nord, à Bastille, Chatelet ou Pigalle pour rencontrer les équipes. « Les artistes recevront également un exemplaire, qu'ils conserveront le temps d'en profiter, et qu'ils abandonneront par la suite eux aussi. »  

 

Pour cette édition, l'approche de licences Creative Commons n'a pas été retenue. « C'est un peu compliqué, chaque artiste doit choisir sous quelle licence il souhaiterait abandonner son oeuvre. L'association laisse tous les droits aux créateurs, ils conservent la propriété de leur oeuvre. Peut-être que pour la prochaine édition, nous envisagerons les Creative. »  Pour l'heure, c'est une licence non exclusive qui est accordée, afin que l'Association puisse imprimer le livre - qui n'est pas commercialisé. 

 

En avril 2012, Calimaq, sur le blog S.I.Lex avait procédé à une première analyse de ce projet.  

Si aucune licence particulière n'est nécessaire pour mettre ces ouvrages en circulation, on pourrait en revanche imaginer de donner une dimension supplémentaire à ce projet en plaçant les ouvrages sous une licence libre. Les oeuvres sous forme numérique ne sont pas les seules à pouvoir être placées sous licence libre et il existe des usages intéressants de ces contrats appliqués à des objets physiques.

Il y aurait sans doute intérêt à ce que les livres du projet StreetBook soient ainsi placés sous une licence libre (et pourquoi pas la licence Art Libre, qui a déjà fait ses preuves dans ce type d'initiatives). Au-delà du partage des objets physiques et de leur circulation de main en main, les livres pourraient aussi être scannés, des illustrations mises en ligne, des traductions réalisées, ainsi que toutes sortes d'adaptations ; les nouvelles et extraits de romans pourraient être prolongés, remixés, mashupés, etc. 

 

On attendra la fin de cette première édition. En attendant, on peut trouver plus d'informations sur le site de Street Book.