Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Succès commercial des cahiers à l'effigie de Staline

Clément Solym - 05.04.2012

Edition - International - Russie - cahiers - Staline


Une nouvelle ligne de cahiers portant sur sa couverture un portrait de Staline suscite un véritable engouement chez les Russes (voir notre actualitté)... mais pas tous.

 

Le cahier représente bien le dictateur en tenue militaire, exposant fièrement ses médailles. L'image se veut rassurante, et n'a rien à envier à la propagande soviétique des années 1920. Pour que tout soit bien clair, il est même mentionné qu'il s'agit du « généralissime » Staline.  Les cahiers partent comme des petits pains.  « Ils se vendent très bien » déclare Yelena Shurukova, employée chez Pedagological Books, et sont le plus souvent achetés par des adultes. Une autre grande papeterie de Moscou a annoncé au Huffington Post que tout avait été écoulé, et qu'ils attendaient une nouvelle livraison.

 

 

 

Viktor Kruglyakov, appartenant à la commission pour l'éducation à la Douma, est encore plus outré. « Staline est un criminel, un tyran sanguinaire. Si ces cahiers arrivent en salles de classe, les enfants qui ne connaissent pas encore cette partie de l'histoire pourront penser que l'on peut tuer beaucoup de monde et rester quelqu'un d'admirable. C'est très dangereux ».

 

Face à la polémique que ce produit a soulevée cette semaine après sa parution, Artyom Belan s'est offusqué de ce qu'on pouvait reprocher à ces cahiers. « Si nous réalisons une série sur les grands noms russes, devrions-nous purement et simplement rayer le XXe siècle de la liste ? ».

 

Pressé par des historiens et des représentants d'associations humanitaires de mettre le holà, le ministre de l'Éducation Andrei Fursenko a répondu qu'il désapprouvait l'idée d'une ligne de papeterie portant l'image de Staline, mais qu'il n'avait à sa disposition aucun moyen d'arrêter leur publication ou leur vente.

 

Une page située à la fin du cahier rappelle aux jeunes utilisateurs que Staline est bien responsable de dizaines de millions de morts durant les purges... mais mentionne aussi les avancées qu'a connues le pays durant l'ère stalinienne. Du plus bel effet, mais difficile d'éviter le parfum de supercherie.