Suhrkamp : Envolées lyriques dans la mêlée opposant les actionnaires

Julien Helmlinger - 25.01.2013

Edition - International - Suhrkamp - Tensions - Edition


Au sein de la maison d'édition allemande fondée en 1950 par Peter Surhrkamp, et réputée pour ses auteurs de renom comme Hermann Hesse ou Bertold Brecht et autres philosophes, l'heure serait désormais à la déchirure... et ce, pour des questions d'argent, nerf de la guerre, et de gestion. Tandis que l'on est plus accoutumé à voir des disputes éclater entre auteurs et critiques acerbes, le cas épineux se joue ici dans les coulisses de la prestigieuse société berlinoise.

 

 

En attendant de pouvoir tourner la page (CC by 2.0)

 

 

Tensions et métaphores

 

Au coeur du maelstrom qui secoue la maison, se trouverait notamment la question de savoir comment l'éditeur indépendant pourrait se maintenir face à des concurrents comme Amazon ou la récente fusion entre les maisons Penguin et Random House.

 

Ajoutant à cette problématique que deux actionnaires tentent vivement de s'expulser l'un l'autre de la maison et sollicitent la justice pour mettre un terme à leur partenariat. Il s'agit de Ulla Unseld Berkéwicz, l'héritière, et Hans Barlach (voir notre actualitté). Tandis que le second accuse la première de mauvaise gestion, un certain nombre d'intellectuels dénoncent le caractère vénal de Barlach.

 

Certains auteurs, quant à eux, ne lésineraient pas sur les figures de style littéraire lorsqu'il s'agit de tacler l'actionnaire minoritaire, Barlach. Il aurait ainsi été décrit par Rainald Goetz comme un « automate contondant » ou encore comme un « abîme du mal », citation de Peter Handke. Même l'ancien ministre Michael Naumann aurait déclaré que l'investisseur était à la maison d'édition ce qu'une sonnette de vélo serait à une fugue de Bach...

 

Barlach, quant à lui, dans un style un peu moins chiadé s'est néanmoins défendu : « Une maison d'édition est différente d'une usine de vis, mais elles suivent les mêmes lois économiques. Si je fais des pertes, je ne peux pas me permettre de payer des avances aux auteurs. »

 

 

Entre profits et intégrité

 

Selon une source hautement placée dans la maison d'édition, les actionnaires peineraient à se mettre d'accord quant aux marges de profits que Surhkamp devrait générer. Alors que Barlach entend atteindre des marges de 5 à 15 %, en réduisant les coûts, la partie opposée estimerait qu'il n'est pas possible de dépasser les 3 %.

 

Pour le directeur général de chez Suhrkamp, Jonathan Landgrebe qui ne s'est pas prononcé sur le litige et appelait les parties à faire la paix avec une récente lettre ouverte, la force de la maison ne réside pas tant dans sa capacité à faire du business que dans sa réputation d'éditeur intègre et d'auteurs ayant une pensée propre.

 

Un tribunal de Francfort se prononcera le mois prochain au sujet des requêtes des actionnaires souhaitant évincer leur rival, ainsi que sur la demande de Barlach réclamant la dissolution du partenariat. Selon ce dernier, une telle mesure permettrait de donner la gestion au plus offrant.

 

À suivre...