Suisse : action pour une rétribution des écrivains, “Soyez RémunérAuteurs”

Nicolas Gary - 01.09.2016

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L’association des autrices et auteurs de Suisse a choisi la manifestation de Morges, Livre sur les quais, pour lancer une action, « Soyez RémunérAuteurs ! ». Cette dernière vise à sensibiliser sur l’absence de rémunération des auteurs, dans le cadre de certaines manifestations littéraires. Et surtout, inciter leurs organisateurs à changer cet état de fait.

 

 

 

« Les auteurs invités au Livre sur les quais à Morges ne sont pas rémunérés pour leur prestation. L’AdS encourage ses membres et des autres acteurs littéraires à afficher leur soutien à la cause de la rémunération des auteurs en portant, durant toute la durée du festival, le badge “Soyez RémunérAuteurs !” », explique l’organisation. 

 

L'auteur mérite une "rétribution à l’instar de n’importe quel métier"

 

La démarche ne visera pas uniquement les organisateurs de salons, foires et festivals : c’est également une prise de conscience qu’il faut déclencher chez les auteurs. L’AdS espère ainsi les inciter « à demander à être rémunérés lors de leur présence dans de telles manifestations ». 

 

Et d’ajouter : « Car l’écriture est un métier, professionnel et non dilettante. Une activité créatrice que l’on exerce certes avec passion, mais qui exige aussi beaucoup de travail et de temps, et mérite donc rétribution à l’instar de n’importe quel métier. »

 

Acteurs économiques à part entière dans l’industrie du livre, les auteurs restent « le premier maillon de la chaîne » et alimentent une industrie qui fait « travailler de nombreuses personnes, pour la plupart justement rétribuées », pointe l’AdS. Une brochure de recommandations sur les tarifs applicables sera prochainement proposée – dans les mois à venir, nous précise l’association.

 

"C'est embarrassant, même humilant"

 

Marie-Jeanne Urech, vice-présidente de l’AdS, explique à ActuaLitté que cette action, « Soyez RémunérAuteurs », découle « de plusieurs années d’investissements et de négociations. Nous avons travaillé dans l’ombre, mais ce problème nous préoccupe depuis longtemps ». Bien entendu, l’affaire Sébastien Meier, auteur suisse qui avait pris position fermement fin mai, a jeté de l’huile sur le feu. Et ravivé par la même occasion les démarches et négociations. 

 

« Pour un auteur, il est embarrassant d’avoir à demander d’être rémunéré, c’est même humiliant, quand une somme est faible, de demander plus », souligne Marie-Jeanne Urech. « Nous avons appris que Livre sur les quais, la manifestation de Morges, avait décidé de présenter une charte allant dans ce sens – mais nous discutions avec sa directrice depuis deux ans déjà. »

 

Et avec d’autres, bien entendu. « Nous avions d’ailleurs insisté auprès des cantons ou des communes qui souhaitent apporter un soutien financier à des festivals. Il leur était demandé de conditionner leur subvention à ce que les auteurs soient rétribués. C’est une revendication de longue date. »

 

Dans la brochure que l’AdS présentera, il sera question de refléter notamment les spécificités culturelles entre la Suisse romande et alémanique. « Chez les premiers, on organise plutôt des rencontres, quand les seconds privilégient les lectures. Il faut donc harmoniser le document que nous avions soumis voilà une dizaine d’années, pour être en accord avec les pratiques de chacun. »

 

France : l'urgence d'une plus juste rémunération pour les auteurs

 

 

En outre, il importe d’intégrer des pratiques comme le slam, les performances, ou encore le mentorat, les dédicaces, ou les ateliers d’écriture. « Ces tarifs ne sont pas contraignants, il n’est pas possible de les imposer : nous proposons ici des pistes pour les auteurs, de même que pour les organisateurs de salon. Cela peut les aider à avoir une vision plus large, pour leur budget. »

 

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

L’argent, ce nerf de la guerre, et la rémunération qui sera d’ailleurs au cœur d’une table ronde, organisée au salon de Morges, en présence du président du Centre national du livre, Vincent Monadé. « Il sera là pour apporter un regard français sur ce que le Centre a organisé, avec les manifestations, pour encourager à rémunérer les auteurs », note la vice-présidente de l’AdS qui prendra part, elle-même, à cette table ronde.

 

« La difficulté que l’on nous oppose est toujours la même : les salons devront privilégier les auteurs connus, pour attirer le public et rentabiliser leur manifestation. Mais c’est ce que l’on entend aussi en librairie : il faut inviter les auteurs de best-sellers, pour arriver à promouvoir les écrivains méconnus. Si l’on envisage de payer les auteurs, peut-être faudra-t-il proposer des salons payants – au moins, trouver de nouveaux modèles pour boucler les budgets. »

 

Et de souligner : « Après tout, la présence de l’auteur.e apporte une plus-value considérable. C’est pourtant le seul art pour lequel on ne paye que le produit artistique – le livre. Dans la musique, on achète un album, mais il y a l’opportunité des concerts. Il faut créer l’occasion de rémunérer les écrivains, quand ils s’engagent dans une prestation complémentaire à l’écriture. »

 

Infographie : Auteur, tout un métier