Suisse : les lecteurs francophones plus fidèles à leurs libraires

Nicolas Gary - 16.08.2016

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Quelques jours après que les chiffres de Suisse alémanique ont été présentés, l’Office du livre de Fribourg affiche la couleur pour la Suisse romande. Que ce soit dans la partie germanophone ou francophone du territoire, les données sont à la baisse, mais le livre en français semble mieux résister, souligne l’OLF.

 

Librairie Age d'Homme Geneve

Librairie l'Âge d'Homme, Genève - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Sur le premier semestre, le marché alémanique a enregistré un repli de 4 % des ventes, selon les données du groupe Orell Füssli. Les ventes sont impactées par le franc fort, soulignait-on, tous secteurs de vente confondus – librairie, internet et ebook. 

 

À travers le réseau de 32 librairies Orell Füssli, le chiffre d’affaires est de 41,7 millions de francs suisses (livre et papeterie), soit un recul de 3 %. En revanche, l’activité éditoriale a, elle, progressé de 10,3 %, à 4,5 millions de francs. Toutefois, Orell Füssli s’attend à ce que les ventes globales sur l’année 2016 affichent un meilleur résultat que pour l’année passée. 

 

En Suisse romande, le recul se limite à 2,5 % 

 

Patrice Felhmann, président de l’OLF, estime pour sa part que ce différentiel entre les deux marchés est à attribuer... à la conscience des lecteurs. « Le véritable débat, et c’est une hypothèse que je pose et à laquelle je crois, est que les citoyens savent que la librairie n’est pas un magasin comme les autres. Ce sont des établissements qui ont vocation à être équilibrés, mais, en abordant une dimension plus politique, ce sont des lieux avec une autre vocation que le seul chiffre d’affaires. »

 

Et de poursuivre : « Que ce soit pour se faire une idée du monde, réfléchir, s’amuser, s’ouvrir, les citoyens ont compris que la librairie avait une importance pour eux, autant que pour le mode de formation des élèves, des enfants, de tout un chacun. Ils continuent ainsi de les fréquenter, pour l’offre, pour un conseil plus pertinent. »

 

Avec un marché global évalué à 1 milliard de francs suisses, le secteur du livre est partagé : les 3/4 du chiffre d’affaires sont réalisés dans la partie germanophone, le dernier quart en Suisse romande. 

 

Des lecteurs à trouver et convaincre

 

« Cette année, les retours que nous font les libraires indiquent que le marché est tout de même plus difficile que l’année passée. Nous sommes passablement dépendants de la production éditoriale, mais, surtout, on a le sentiment que les enfants cherchent plus des Pokémon que des livres. La clientèle potentielle aurait plutôt tendance à régresser », poursuit Patrice Fehlmann. 

 

Il rappelle également que le pays ne propose aucune aide étatique aux libraires, preuve de la résistance dont font preuve les professionnels. « Si les politiques suisses comprenaient la mission de la librairie, ils feraient ce que l’on a su faire en France. Mais nous vivons dans un libéralisme qui les incite à dire que, quand les librairies auront toutes fermé, les gens achèteront sur internet. La vérité, c’est que la fermeture des librairies serait un drame, que personne ne souhaite voir. »

 

Pour sa part, le PDG des librairies Payot confirme la tendance, avec un résultat en repli de 2,4 % pour le premier semestre. Toutefois, des nuances apparaissent : « Pour Genève seule, c’est-à-dire deux librairies, nous enregistrons une croissance de 7,5 % », précise-t-il à ActuaLitté. 

 

Toutefois, le recul du chiffre d’affaires est plutôt à chercher du côté des taux de change, avec l’incidence que le franc fort a pu avoir. En diminuant les prix moyens de vente, les librairies ont cherché à se rendre plus attractives – et sur les deux mois estivaux, les prix moyens ont été stabilisés.

 

Fnac dans les meilleures dispositions 

 

Du côté de Fnac, qui dispose de cinq établissements sur le territoire, le premier semestre enregistre un résultat de + 3 %, avec un pic important en avril. « Nous avions connu une très belle progression l’an passé, qu’il a été difficile de remonter », précise Laurence Wuethrich, chef produit livre pour la Suisse. « Au cours des derniers mois, ce sont surtout les best-sellers qui ont tiré le marché. »

 

Depuis une quinzaine de jours, Fnac Suisse s’est également dotée d’un site de vente, Fnac.ch, qui permettra d’opérer des ventes directes. « Auparavant, c’est notre plateforme Fnac.com qui procédait aux ventes, en euro. Mais dans l’ensemble nous avons pu constater que les magasins n’avaient pas été désertés. »

 

On y retrouve également les appareils Kobo, proposés avec un univers numérique dédié. « Les ventes sont régulières, mais demeurent assez confidentielles. »

 

Sur les tables, les ventes d’ouvrages sont assez proches de celles qui sont réalisées en France. « Nous avons les mêmes bons résultats avec les grands noms, et bien entendu, avec la version anglaise de Harry Potter, qui devrait être très porteuse pour la traduction. » 

 

Les mêmes noms, mais aussi des spécificités locales : c’est le cas aec le livre de Marc Voltenauer, Le dragon du Muveran. « Ce thriller est un phénomène typiquement suisse, et un succès d’envergure », nous assure Laurence Wuethrich. Et pour cause, près de 20.000 exemplaires écoulés... La sortie du livre doit se faire en France, Belgique et Canada, le 25 août.