Suisse : pour un livre moins cher, Payot achète en direct en France

Clément Solym - 17.12.2011

Edition - International - distributeurs - Suisse - Hachette


Si la France est agitée par des questions de TVA revues à la hausse et des problématiques de prix de vente fixé par les éditeurs, la Suisse est actuellement parcourue par d'autres problématiques. En effet, le libraire Payot vient de faire trembler les alpages, avec une déclaration de guerre.

 

Une bonne nouvelle à venir, en effet : la chaîne de librairies Payot vient d'assurer qu'elle allait traiter directement avec les diffuseurs français pour l'achat de livre et non plus avec les représentants suisses, permettant ainsi de faire baisser le prix de vente des livres jusqu'à 40 %. Une politique économique qui devrait être mise en application vers juin 2012, explique Pascal Vandenberghe, le directeur général. 

 

Le groupe Payot est une propriété, en grande partie, du groupe Hachette. Et avec cette mesure, les libraires souhaitent marquer fortement le coup, alors que le pays est en pleine discussion sur le retour à un prix unique du livre. La réaction qui s'imposait, selon Pascal Vandenberghe, alors que les distributeurs helvétiques profitaient largement d'une exclusivité avec les éditeurs français. 

 

 

L'autre problème, c'est le taux de change. Aujourd'hui, la Suisse dispose d'un franc fort, qui n'a pas été prise en compte. Or, le prix fixé par les éditeurs, depuis la France, est donné en euros, et les consommateurs suisses peuvent alors découvrir que les différences de prix sont particulièrement remarquables. « Les diffuseurs forment un véritable cartel », ajoute Pascal Vandenberghe, qui assure avoir déjà passé des accords avec Flammarion et Gallimard. 

 

Les nouveaux achats se feront directement en euro, et sans intermédiaire. « Nous avons des charges en francs, il semble donc normal qu'un surcoût subsiste. Mais le niveau actuel est inacceptable », ajoute-t-il. Et évidemment, Payot disposant d'un tiers du marché suisses, il est tout à fait en position de négocier. 

 

Entre services et coûts

 

Du côté des librairies indépendantes, la situation est encore plus délicate : ceux qui passent par le principal distributeur romand, l'Office du livre, et sa plateforme, ne peuvent pas encore avoir de visibilité. Patrice Fehlmann, qui dirige l'OLF, s'explique : « C'est un vrai changement de paradigme. Mon souci est de garantir une qualité de service équivalente. »

 

Or, si Payot et l'OLF dépendent de Hachette Distribution Services, Diffulivres, l'un des réseaux de distribution, est la propriété de Hachette Livre. De quoi se demander si Hachette n'est pas simplement parti à la conquête de la Suisse. À ce titre, Diffulivres voit bien la situation : « Les intérêts en jeu sont énormes et complexes. Je comprends le combat de M. Vandenberghe pour sauver les libraires, mais je doute qu'il parvienne facilement à tout révolutionner. »

 

Cependant, en réaction, les diffuseurs ne semblent pas être particulièrement inquiets de la décision prise par Payot. Sachant que 80 % des ouvrages proposés sur le marché suisse, on se demande bien pourquoi. 

 

D'abord, parce que les remises iraient donc de 8 à 40 % - et pas majoritairement sur la tranche haute. Mais si Hachette est bien ancré dans le pays, Servidis, l'autre distributeur, appartient pour sa part à Volumen, propriété de La Martinière Groupe. 

 

En parallèle, Simon Kummer, directeur de Dargaud Suisse, nuance : « Vous croyez vraiment que notre groupe Media Participation, qui vient d'investir dans un centre de distribution flambant neuf à Moudon [NdR : en Suisse, évidemment], va se tirer une balle dans le pied en fournissant en direct ? » Pour lui, le projet de Payot a quelque chose d'un peu fou. 

 

La loi sur le prix unique du livre en Suisse ne sera pas encore débattue publiquement : ce n'est qu'en mars 2012 que les citoyens seront invités à donner leur avis. Pour les uns, il s'agit de protéger le marché. Pour les autres, le livre va de la sorte connaître une hausse de prix.