Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Supprimer la censure de livres en Iran devient un enjeu économique

Nicolas Gary - 19.08.2014

Edition - International - Iran censure - livres parution - islam contrôle


Les conditions de publication d'ouvrages en Iran devraient aller en s'améliorant, assurent deux écrivains iraniens. Et par là même, améliorer considérablement le marché du livre, assurent-ils. Si le ministère de la Culture garde la main sur les autorisations, ces dernières devraient survenir avec plus d'efficacité, semble-t-il.

 

Iran

Nick Taylor, CC BY 2.0

 

 

Dans un entretien, Mohamad Ali Bahmani et Parviz Beigi Habib-Abadi, poètes tous deux, estiment que certains facteurs ralentissant l'obtention des validations impératives pour la parution d'un livre, ont été levés. Le ministère de la Culture et de l'Orientation islamique, qui pilotait cet ensemble, était jusqu'à lors ralenti dans son travail.

 

Avec l'ancien gouvernement, assure Bahmani, beaucoup de poètes et d'auteurs se retrouvaient censurés, et leurs ouvrages interdits. En dépit du changement politique, nombre d'entre eux continuaient de se plaindre de ce que la chasse aux sorcières, dont ils étaient victimes, se poursuivait. 

 

Un autre élément, économique, intervient dans ce changement à venir. Selon les deux poètes, le processus d'édition et de publication en Iran, fait face à un sérieux problème. Du fait de la déflation, et de la démotivation constatée chez les auteurs, ces dernières années, le pays manque d'une production vive. Les difficultés économiques passées ont en effet contraint certains d'entre eux à abandonner complètement l'écriture. 

 

Parmi les nouvelles procédures mises en place, souligne Beigi Habib-Abadi, la possibilité de recourir aux outils web, pour obtenir un accord ministériel. Selon le poète, il serait plus efficace de passer par des solutions en ligne. « Vous pourriez envoyer votre livre au ministère, recevoir un mot de passe et quelques semaines plus tard, le suivi de votre licence toujours avec un mot de passe », explique-t-il.

 

Le ministère n'a pas encore adopté cette solution, mais les deux écrivains insistent sur la nécessité de voir paraître des ouvrages bannis par le précédent gouvernement. Certains, ajoutent-ils, sont vitaux pour le marché du livre iranien, et susceptible d'apporter un renouveau économique dans le secteur. (via IBNA)

 

Ouverture nationale et internationale, avec l'UNESCO

 

Le 3 août dernier, le ministère de la Culture a signé un protocole d'accord avec l'UNESCO, afin que l'Iran puisse postuler en tant que capitale mondiale du livre pour les prochaines années. M. Saeed Abadi, secrétaire général du comité pour l'UNESCO, et M. Seyyed Abbas Salehi, ont ratifié le protocole d'accord portant notamment sur la promotion de la littérature dans le pays.

 

Cette approche représente évidemment une solution diplomatique, passant par le prisme culturel, pour l'Iran. Et les protocoles d'accord ouvrent nécessairement la voie à l'établissement de liens culturels entre l'Iran et d'autres pays. De là l'importance, par ailleurs, de renforcer la capacité des éditeurs à publier une littérature contemporaine, dans les meilleures conditions. 

 

L'accord avec l'UNESCO s'établit sur trois années, et implique, entre autres, la coopération sur des formations spécifiques, liées au livre, la tenue de salons du livre,  et le respect de personnalités littéraires du pays. 

 

En août 2013, le nouveau ministre de la Culture et de la Guidance islamique, Ali Janatice avait proposé de lever la demande d'autorisation obligatoire qui pesait sur chaque livre. Les maisons d'édition seraient alors plus responsables de leurs parutions, mais l'autorisation de distribution resterait dans les mains des autorités.  « Si le Coran n'avait pas été envoyé par Dieu et que nous l'avions remis aux censeurs, ces derniers n'auraient pas délivré l'autorisation de le publier, et auraient fait valoir que certains des mots qu'il contient sont contre la vertu publique », assurait alors le ministre.