Suprématie blanche, haine et xénophobie, en vente libre sur Amazon

Nicolas Gary - 07.07.2018

Edition - Economie - suprématie race blanche - Amazon produits suprématistes - vente produit Amazon


On objectera à raison que les produits ne sont pas vendus par Amazon en son nom. Il n’empêche que le modèle de recommandation et les algorithmes de la firme profitent évidemment de toute sorte de marchandise. Alors des produits à caractère raciste ou glorifiant la haine raciale, pourquoi pas ?


The Other Lincon
Jonathan McIntosh, CC BY SA 2.0
 

 

Selon l’analyse effectuée par deux organisations de surveillance — Action Center on Race et Economy and the Partnership for Working Families — on trouve un nombre considérable de marchandises peu recommandables sur Amazon. Dans leur rapport Delivering hate, les associations expliquent « comment les plateformes d’Amazon sont utilisées pour répandre la suprématie blanche, l’antisémitisme et l’islamophobie. Et comment Amazon ne peut pas l’arrêter ». Flippant. 

 

Commençons par l’inventaire et l’état des lieux : les groupes ont ainsi répertorié des produits « qui encouragent à la haine, la violence et l’intolérance raciale, sexuelle ou religieuse, ou promeuvent des organisations ayant de pareils points de vue ». Parmi les objets dénichés, les chercheurs sont tombés sur des jouets pour enfants avec des symboles propagandistes, et bien entendu, des livres – une grosse cinquantaine de publications est dénoncée...  

 

Le fait qu’Amazon soit incapable d’appliquer ses conditions d’utilisation strictement, sur l’ensemble de ses outils « fournit un certain nombre de canaux par lesquels les groupes haineux peuvent réaliser des profits, propager leurs idées et développer leurs mouvements ». Le rapport note que cette négligence de la firme autorise ces groupes et auteurs à largement répandre et diffuser leur discours – dans des livres numériques, entre autres. 
 

Incitations à la violence contre les noirs, les musulmans, les juifs et les personnes LGBTQ, rien ne manquerait à l’appel pour couvrir le plus large spectre de haine possible. 
 

Homophobie, xénophobie, islamophobie... tout y passe


En effet, poursuit l’analyse, « en tant que fournisseur de médias et de livres numériques, imprimés et de formats en streaming, Amazon facilite la propagation d’idéologies haineuses, y compris celle de la suprématie de la race blanche, l’antisémitisme, l’islamophobie et l’homophobie. Amazon fournit une plateforme pour les écrivains, les musiciens et des activistes ouvertement racistes », peut-on lire. 

 

Et tout cela est rendu possible du fait de politiques d’usage inadéquates ou mal appliquées. Kindle Directe Publishing, service d’autopublication numérique ou CreateSpace, service d’impression à la demande, se réserve ainsi le droit de supprimer ou refuser des contenus offensants. De même, le service AWS — outils web d’hébergement et de stockage — interdit de diffuser des contenus de ce type. 

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Sauf que la surveillance effectuée n’est pas à la hauteur des prétentions de la firme, laquelle finit donc par ne pas appliquer sa propre politique. « Amazon a été réactif, pas proactif, dans sa réponse face aux utilisateurs à des fins haineuses de son site », écrit-on. Ou encore, se voit accuser de ne répondre qu’en traînant les pieds – voire pas du tout – « aux pressions exercées par le public, plutôt que d’empêcher réellement et en premier lieu ces groupes de se servir de sa plateforme ».

 

Quand les livres numériques servent à blanchir de l'argent 


Le rapport exhorte donc la firme à prendre publiquement position, contre les appels à la haine qui se retrouvent commercialisés dans leurs étals numériques. Et plus encore, d’en supprimer le référencement, tout en détruisant tous les produits physiques qui existent dans leurs entrepôts. 

 

Les acteurs numériques ont, par le passé, déjà eu à faire face à ces questions : Spotify, Google ou même Deezer avaient purgé leurs bibliothèques musicales, en août 2017, de toute chanson néonazie, ou véhiculant des messages xénophobes, dans sa plus large acception. 

mise à jour : 18 juillet 15h 

Il aura fallu près d'une dizaine de jours à Amazon pour réagir enfin, et si peu que l'on se demande bien quest est son véritable intérêt. Mais c'est surtout un parlementaire américain qui a demandé au marchand de mettre un terme à ces transactions.
 




Commentaires

Bonjour,

j'aimerais en savoir plus sur le dernier paragraphe, qui parait évident mais qui pourrait soulever la question de la légitimité des restrictions à la liberté d'expression artistique. Ce n'est sans doute pas à l'entreprise vendeuse de marchandises de faire le tri. c'est une responsabilité collective qui demande le débat public organisé. Il faudrait ainsi faire référence au rapport Shaheed sur la liberté artistique et de création.

Donc au référentiel des droits culturels....

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