Sur Amazon, le retour de bâton de l'algorithme, "la censure avérée"

Antoine Oury - 13.07.2015

Edition - Société - Amazon - algorithme - commentaires


Avec la popularité viennent souvent les critiques : au fil des années, les affaires de commentaires positifs achetés pour certaines livres, ou déposés par de faux comptes parfois créés par les auteurs eux-mêmes, avaient remis en question la capacité de prescription d'Amazon. Le site de ecommerce a logiquement répondu avec un algorithme, mais celui-ci semble désormais un peu trop intransigeant... Pour ne pas dire carrément douteux.

 

 

Big Brother Amazon

(Mike Licht, CC BY 2.0)

 

Tout est parti d'un commentaire, évidemment, qu'une auteure américaine a voulu poster sur la page d'un livre qu'elle avait terminé, et qu'elle souhaitait chroniquer. En bien ou en mal, peu importe : son texte a été modéré par Amazon, et refusé. L'explication ? « L'activité de votre compte indique que vous connaissez cet auteur », lui signale la plateforme. En réalité, elle a bien échangé avec lui, mais uniquement de manière dématérialisée.

 

Amazon décrit ouvertement sa politique en matière de commentaires, et ne cache pas qu'il effectue des vérifications. Sur la version française de la plateforme, on peut ainsi lire : 

 

Voici quelques exemples de commentaires non-acceptés :

 

  • un fabricant publie un commentaire au sujet de son propre produit en se faisant passer pour un client impartial.
  • un client, mécontent de son achat, publie plusieurs commentaires négatifs sur un même article.
  • un client publie un commentaire dans le but d'obtenir un gain financier.
  • un membre de la famille du créateur d'un produit publie un commentaire accompagné de 5 étoiles pour favoriser les ventes.

 

 

Bien entendu, la plateforme ne dévoile pas la manière dont elle évalue les commentaires des clients, et quels critères sont pris en compte pour déterminer si un texte peut être classé dans l'une des catégories ci-dessus. L'inscription sur Amazon n'est possible qu'avec la création d'un compte, avec la communication d'une adresse email : impossible, donc, de passer par Facebook, Twitter ou autres pour collecter des informations sur les relations d'un client.

 

Néanmoins, Amazon collecte évidemment des données : l'adresse IP de l'internaute est la première d'entre elles, suivie par une foule d'éléments qui concerne spécifiquement la visite sur Amazon (temps passé sur une page, mouvements de souris, scrolling...). 

 

Les informations utiles à Amazon pour identifier la pertinence des commentaires semblent finalement provenir d'une source unique : l'utilisateur lui-même. En effet, dans la Foire aux Questions du site, on découvre que c'est par la gestion du compte par l'internaute qu'Amazon obtient le plus de données :

 

Vous nous fournissez des informations quand vous effectuez une recherche, un achat, vous faites une offre, vous prenez part à un jeu concours ou à un questionnaire ou communiquez avec notre Service Client. [...] Quand vous nous contactez par téléphone, par e-mail, ou par tout autre moyen, complétez un questionnaire ou un bulletin de participation à un concours, utilisez nos services, créez Vos listes d'envies, participez à des forum de discussion ou autres modes de communication en commun, quand vous rédigez ou notez des commentaires en ligne, quand vous paramétrez un "Rappel de vos évènements" ou des "Alertes sur la disponibilité des Produits". Ces informations peuvent être votre nom, adresse et numéro de téléphone, des informations sur votre carte bancaire, les noms, adresses et numéros de téléphone des destinataires des produits achetés, les personnes que vous mentionnez dans vos coordonnées1-Click (avec leur adresse et numéro de téléphone), les adresses e-mail des "Amazon Friends" et autres personnes, le contenu des commentaires et des e-mails que vous nous avez adressés, votre description personnelle et photographie dans la rubrique « Votre profil » et des données financières.

 

 

L'auteure censurée a envoyé un email à Amazon, qui lui a gentiment signifié que « l'aspect privé de notre activité ne nous permet pas de vous révéler des informations détaillées sur la façon dont nous déterminons des liens entre les comptes ». Une pétition a fait son apparition, avec près de 13.000 soutiens, mais les seuls responsables semblent bien être les consommateurs qui utilisent Amazon, et non la plateforme commerciale...

 

(via Electric Lit)