Sur France Inter, de mauvaises ondes entre Mitterrand et Filippetti

Antoine Oury - 11.09.2013

Edition - Société - France Inter - Frédéric Mitterrand - Aurélie Filippetti


Depuis deux semaines, Le Canard Enchaîné rapporte un feuilleton cruel et impitoyable, entre les arcanes du pouvoir et les fréquences radiophoniques. La ministre de la Culture n'aurait pas spécialement apprécié que Frédéric Mitterrand, son prédécesseur sous le gouvernement Sarkozy, bénéficie d'une place à l'antenne de la radio publique.

 


 

 

Le premier coup vient en juin dernier, depuis les colonnes du Figaro : alors que le quotidien souligne que l'ancien ministre « sort du bois » après un an de silence, Frédéric Mitterrand n'est pas tendre avec la ministre dans ses réponses. 

François Hollande voulait ré-enchanter la France, et il coupe dans les subventions. Le fond du problème, c'est qu'il ne s'intéresse pas à la Culture, ce n'est pas dans son ADN. Nous avons des technocrates dogmatiques au pouvoir.

Et d'autres amabilités, comme « Les socialistes n'ont tout simplement pas de vision culturelle », le tout sur fond de mercato des présidents d'établissements : Jean-François Colosimo (CNL), Éric Garandeau (CNC), Olivier de Bernon (Musée Guimet) et Jean-Marie Besset (Centre d'art dramatique de Montpellier) perdent leur poste, et Frédo sort de ses gonds.

 

Le lendemain de la parution de l'interview, Filippetti ripostait sans se démonter au micro de BFM TV : « J'imagine que Frédéric Mitterrand prépare le lancement de son prochain livre, qui doit sortir bientôt, parce que sinon, je ne m'explique pas qu'il sorte de son silence pour se livrer à des attaques qui semblent fondées uniquement sur le désir de protéger deux ou trois personnes. »

 

Ondes perturbatrices

 

Début août, l'information selon laquelle Mitterrand rejoindrait la grille des programmes de France Inter est officialisée par Le Canard : il sera possible d'entendre la voix suave de l'ex-ministre dans « Jour de Fred », en semaine de 18h20 à 19h, pour remplacer l'irremplaçable François Busnel.

 

L'hebdomadaire du 4 septembre rapporte que la ministre « s'est étranglée en obtenant la confirmation de l'arrivée sur Inter de son prédécesseur », avant de passer quelques coups de fil, au directeur de France Inter Philippe Val et au PDG de Radio France, Jean-Luc Hees, « pour tenter de le[s] convaincre de changer d'avis ». Voilà qui donne du grain à moudre au moulin du dogmatisme combattu par Mitterrand...

 

Jean-Luc Hees lui-même a démenti l'information, qui bénéficie pourtant d'une suite cocasse dans Le Canard Enchaîné de ce mercredi 11 septembre : la ministre a admis avoir contacté Hees, mais en aucun cas « pour faire écarter » le nouvel animateur. « Je voulais simplement avoir la confirmation de son arrivée, car je trouve que ça éclaire sur ce personnage qui se pose en homme politique, et qui, après, se dit journaliste. Je constate que le service public recrute d'anciens membres du gouvernement. J'ai trouvé, à titre personnel, que c'était d'une rare inélégance » explique-t-elle à l'hebdomadaire.

 

Tout un roman...