Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Surfer sur des rumeurs de censure, le marketing à la chinoise

Nicolas Gary - 14.10.2014

Edition - International - censure Chine - marketing livres - commercialisation scandale


Il suffit d'interdire quelque chose à l'humain, pour qu'il s'y précipite. La boîte de Pandore, la pomme du jardin d'Eden, les petits biscuits au Nutella qui sortaient du four hier soir... En Chine, les auteurs victimes de censure, ou, plus simplement, de rumeurs de censure, connaissent une explosion des ventes. Au point que les éditeurs travaillent à des plans marketing pour assurer la vente de droits à l'étranger.

 

 

Green Dam Girl

Pittaya Sroilong, CC BY 2.0

 

 

Les réseaux sociaux, redoutables outils de propagation d'informations, deviennent les meilleurs amis des éditeurs chinois. Durant le week-end, des rumeurs ont commencé à circuler, assurant que le régulateur des médias du pays avait interdit la publication et la vente de certains livres à Hong Kong et Taïwan. Les ouvrages étaient ceux d'auteurs connus pour être critiques vis-à-vis de la Chine, facilitant la colère des internautes, et l'engouement pour leurs parutions.   

 

Parmi les auteurs, l'économiste libéral Mao Yushi, ainsi que le chroniqueur Xu Zhiyuan, ou encore l'historien américain d'origine chinoise, Yu Ying-shih et Leung Man-tao, personnalité bien connue. 

 

Selon le Wall Street Journal, les internautes ont rapidement, et vivement réagi à ces annonces. Surtout que, pour nourrir ces rumeurs, une photo a circulé, demandant aux revendeurs de mettre un terme à la vente des livres de M. Yu. Les équipes de Shanghai People's Publishing House, son éditeur, ont d'ailleurs confirmé qu'ils avaient reçu l'ordre de cesser la publication de l'ouvrage.

 

Cependant, l'administration générale, qui régit les parutions presse et livre, n'était pas disponible pour apporter de commentaires. Et ce, alors que deux grands établissements de Beijing ont démenti l'information. Xu Zhiyuan a pour sa part expliqué qu'il avait vu les informations sur les réseaux sociaux, mais n'était pas en mesure de confirmer quoi que ce soit. 

 

Mais l'interdiction, confirmée ou non, importe peu : les libraires en ligne ont su tirer profit de ce que le buzz se faisait autour des livres, et proposé aux internautes de les acheter avant qu'ils ne soient totalement retirés. 

 

Pour Mao, l'économiste, cette situation dégénère : soit l'information est juste, et le gouvernement doit prendre position, soit elle est fausse, et il doit opérer un démenti. « Qu'est-ce que notre gouvernement tente de faire ? Cela rend les gens suspicieux. Comment un gouvernement qui n'a pas confiance en ses administrés peut-il bien gouverner ? »

 

La question de ces exemplaires censurés ou non, devient plus importante en tant qu'outil de commercialisation. Finalement, l'ouvrage importe moins que la manière dont le public sera conduit vers lui.

 

Après tout, la méthode est connue depuis des années : provoquer le scandale avait conduit Bernard Grasset à opérer la plus grande réussite marketing de son époque, avec la publication sulfureuse de Raymond Radiguet, et Le diable au corps. L'auteur, présenté comme plus jeune qu'il ne l'était vraiment, racontait sa relation adultère avec une femme dont le mari était soldat au front, durant la Première Guerre mondiale. En 1923, l'affaire avait fait grand bruit.

 

L'important reste donc de bien maîtriser les informations...