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Surproduction littéraire : mais que font les éditeurs ?

Clément Solym - 01.05.2008

Edition - Les maisons - surproduction - littéraire - éditeur


Quand les manifestations autour du livre ne cessent de se développer, on a beaucoup de mal à croire que le marché du livre pourrait connaître des difficultés. Pourtant, ce qu'on appelle la chaîne du livre ne se porte pas si bien. Il suffit de parcourir les rayons d'une grande librairie pour prendre la mesure de la surproduction actuelle, étonnante dans un contexte de recul de la lecture.

Toujours plus de livres et toujours moins de bons livres…

«Si tous les gens qui écrivaient lisaient...»
, soupirait Gide. Un petit essai remarquable, Le Livre et l'Editeur, détaille en cinquante questions les mécanismes de cette «crise» récurrente. L'auteur, Eric Vigne, qui dirige une collection de sciences humaines chez Gallimard, sait de quoi il parle et il le fait avec brio.

Selon lui, une des causes de cette surproduction vient du fait que les libraires peuvent, pendant neuf mois, retourner leurs invendus à l'éditeur qui devient du coup leur débiteur, ce qu'il tend à contrer en offrant une nouvelle marchandise. Situation paradoxale: les livres qui n'ont pas de succès entraînent la mise sur le marché d'autres livres, vite fabriqués, qui n'en auront probablement pas plus.

Les livres tournent comme des collections de vêtements :

Cette rotation rapide entraîne forcément une baisse de qualité. Eric Vigne dénonce «l'édition sans édition», au sens anglais d'«editing», ce travail de collaboration entre l'auteur et son lecteur. Combien de livres mériteraient des corrections, des coupures, un plus grand travail formel.

Editer un livre demande du temps, des compétences, de l'expérience, du tact. Lecteurs professionnels, correcteurs attentifs, cela se paie. Ce surcoût, dans un tel contexte, beaucoup d'éditeurs l'évitent. Il faut pour cela les moyens d'une grande maison ou un engagement personnel énorme.

La sélection et la correction des manuscrits : du temps et de l’argent

Chez Gallimard, les manuscrits qui arrivent par centaines sont triés. Ceux qui ont évité la poubelle sont examinés par un comité qui attribue les plus intéressants, selon affinités, à des lecteurs, des écrivains souvent. Ils ne restent pas longtemps, c'est un travail fastidieux qui interfère avec leur propre écriture. Pascal Quignard, ainsi, a fini par s'en aller. Il est ensuite difficile d’instaurer un dialogue constructif avec l’auteur de façon à l’aider à améliorer son œuvre. Les coupes peuvent être refusées, incomprises et donc vexantes.

«L'éditeur n'est ni un pion, ni un prof. Il ne faut surtout pas avoir de conception normée de l'écriture», insiste Bernard Comment qui dirige au Seuil la prestigieuse collection Fiction & Cie. Entre 600 et 800 manuscrits arrivent chaque année et seuls un ou deux nouveaux noms sont retenus, après plusieurs étapes de lecture.

«Une fois la publication décidée, je lis le manuscrit ligne à ligne et je note tout ce qui est modifiable. Je n'ai pas à me substituer à l'auteur, ce n'est pas un atelier. Je dis : il y a un tiers en trop et je le laisse faire ses coupes. En général, les suggestions sont bien acceptées. Mais je comprends qu'on réagisse mal. Il y a aussi des œuvres qu'il est inutile de regarder au microscope, elles fonctionnent dans la masse, tant pis pour les détails. Et d'autres, comme celle d'Olivier Rolin qui sont parfaites d'emblée.»

Au sein des maisons plus petites, c’est l’éditeur qui, avec ces collaborateurs, prend les décisions. Il peut construire une politique éditoriale bien précise, personnelle.