Ouverture des bibliothèques : répondre "aux attentes du public"

Nicolas Gary - 30.03.2015

Edition - Bibliothèques - horaires ouverture bibliothèques - Fleur Pellerin - mission Silvie Robert


Au cours de la célébration du 20e anniversaire de l'inauguration de la Bibliothèque nationale de France, la ministre de la Culture a annoncé qu'elle confierait à la sénatrice Sylvie Robert, membre du groupe socialiste et apparentés, une mission délicate. Cette dernière sera chargée d'analyser comment adapter les horaires d'ouverture des bibliothèques publiques. Et ce pour mieux répondre « aux rythmes de vie des Français ». 

 

 

Fleur Pellerin à la BnF

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Ouvrir le soir, les dimanches... la question des horaires d'ouvertures est au cœur des réflexions du ministère de la Culture depuis des années. En son temps, Frédéric Mitterrand avait exposé un projet visant à étendre l'amplitude d'ouverture des 50 établissements municipaux les plus importants du territoire. C'était en septembre 2010, et, déjà, les questions de rémunération des personnels faisaient débat. 

 

Si l'on se replonge dans l'actualité de ces dernières années, Le MOTif avait proposé une étude dont la conclusion était simple : ouvrir plus, oui, à condition que cela s'inscrive dans un projet politique propre à l'établissement. Certes, mais quels moyens humains et financiers seraient déployés pour ce faire ? 

 

Ouvrir plus, ouvrir mieux : ouvrir dans tous les cas

 

Le réseau Bibliothèques sans frontière avait initié, début 2014, une pétition réclamant que l'on travaille sérieusement à cette problématique. Accueillie à bras ouverts par les politiques, la proposition ne faisait cependant pas l'unanimité. 

 

En effet, les personnels des bibliothèques, et pour le coup, pas seulement à Paris, font face depuis quelques années à une désaffection des pouvoirs publics, qui réduisent dès que cela est possible, et particulièrement en période de crise, les budgets relatifs aux établissements de prêt. Alors, proposer d'ajuster, voire d'élargir les horaires, c'était un peu fort de café...

 

Plus qu'ouvrir plus, il s'agirait surtout d'ouvrir mieux, répondaient les bibliothécaires : 

 

Avant d'ouvrir le dimanche ou le soir, les bibliothèques devraient déjà pouvoir fonctionner normalement en semaine. Les bibliothèques municipales de France et de Navarre ne sont pas au mieux : sous-effectif, organisation du travail, action culturelle, politique documentaire, conditions matérielles… c'est par ces maux que les bibliothécaires décrivent leur quotidien sans être entendus par les élus et leur administration. Une crise existentielle partagée visiblement par toute la profession, quelle que soit la taille ou la couleur politique de leur commune d'exercice.

On ne compte plus les fermetures de petites bibliothèques ou celle contrainte de réduire leurs horaires d'ouverture faute de moyens. Une véritable vague de contestation est à l'œuvre dans les bibliothèques à Angers, Bordeaux, Lyon, Nantes ou Rennes, sans même parler de l'état du réseau parisien.

 

Aurélie Filippetti avait également fait de cette mission d'ouverture un cheval de bataille. Intervenant au cours du Salon du livre de Paris, en 2014, elle soulignait que ces ouvertures devaient répondre aux habitudes et usages du XXIe siècle, « notamment les horaires d'ouverture ». Un guide pratique avait d'ailleurs surgi en fin d'année, et Aurélie Filippetti d'assurer alors : « Nous allons travailler pour que le fond de l'État permettant aux collectivités d'investir dans les bibliothèques puisse être augmenté, le cas échéant, afin de mettre en place des horaires élargis. Ce sera surtout un travail avec les élus, mais il est important que l'État puisse soutenir, au début, dans le cadre d'un projet global. »

 

Il est vrai, faut-il le rappeler, que les bibliothèques devaient être le grand enjeu de l'année 2014.

 

Les lieux de partage, au profit de chacun

 

Fleur Pellerin vient donc de reprendre le sujet, rappelant « le rôle central des bibliothèques, pilier de notre démocratie, pour l'accès de tous à la connaissance et à la culture ». Avec 15 millions d'utilisateurs, les bibliothèques sont le premier réseau culturel sur le territoire. « Le service public n'est efficace que s'il répond aux attentes du public », insistait la ministre au cours de son discours. 

 

Et d'ajouter que « l'une des conditions du succès des bibliothèques passe par leur ouverture, autant que possible, lorsque les Français peuvent y accéder : lors de la pause méridienne par exemple, le soir, ou encore le week-end »Or, « aujourd'hui les bibliothèques municipales ouvrent en moyenne 14 h par semaine, et, quand elles sont ouvertes plus longtemps, c'est souvent aux horaires où la population travaille ».

Dans une société confrontée à la remise en cause des valeurs de liberté, de tolérance et de laïcité, les bibliothèques ont un rôle central à jouer. Symboles de la liberté de pensée et de publication, ce sont des lieux de partage, des espaces de rencontre, de débat et de dialogue, dépositaires de la mémoire d'un peuple et de la diversité de ses points de vue. Le rôle des bibliothèques au service de l'échange et de la tolérance doit être plus que jamais souligné et encouragé, en leur permettant notamment de toucher un public toujours plus large ; c'est le sens de la mission confiée par la ministre à Sylvie Robert. 

 

La mission confiée à Sylvie Robert sera donc de réunir toutes les informations nécessaires pour mener à bien une action sur les horaires d'ouverture. Sauf que le chantier n'est pas simple : « Elles impliquent des chantiers d'organisation lourds, avec les personnels, avec les élus, avec la qualité des services qui peut être proposée de manière globale. »

 

Fleur Pellerin conclut : « En s'appuyant sur une consultation de nombreux élus locaux en charge de cette politique et des professionnels, j'attends de Sylvie Robert des propositions concrètes pour accompagner et soutenir les collectivités dans leur politique de lecture publique. »

 

Accompagner et soutenir, certes, mais les collectivités n'ont de cesse de dénoncer une baisse drastique des dotations de l'État. Y compris Aurélie Filippetti, ex-ministre de la Culture, désormais, entre autres, conseillère municipale de la Ville de Metz : « La baisse du budget de la ville de Metz n'affecte pas seulement les bibliothèques, mais l'ensemble du budget de la ville. Elle est due à la baisse de la dotation aux collectivités locales décidée par le gouvernement dans le cadre de la loi de finances, celle-là même que j'ai refusé de voter en novembre dernier », nous expliquait Aurélie Filippetti fin février 2015.

  

Les travaux devront être remis à la ministre au mois de juillet.