Tabac, boisson ou bouquins, surveiller son budget à la manière d'Orwell

Julien Helmlinger - 02.09.2013

Edition - International - George Orwell - Books v. Cigarettes - Consommation


Tandis que le lot des écrivains est bien souvent de mourir de faim en misant leurs billes sur un hypothétique succès, George Orwell calculait consciencieusement ses dépenses. Dans son essai Books v. Cigarettes, l'auteur britannique partageait son étude comparative avec son lectorat. Une volonté socialiste, probablement, de démontrer aux démunis qu'il valait mieux consommer le papier en format imprimé plutôt que roulé autour d'un filtre. Et à l'heure de l'ebook, son verdict serait encore plus flagrant.

 

 

 Crédits : markhillary via Flickr (cc by 2.0)

 

 

En période de crise, nombreux doivent être les lecteurs à se fouiller parfois les fonds de poche devant à une vitrine de libraire. En se demandant si leur monnaie suffira à payer la lecture convoitée sans toutefois remettre en question le budget qui leur sert habituellement à assouvir leurs petits besoins quotidiens. Tel est le sujet de l'essai d'Orwell publié originalement en 1946 avec pour illustration de couverture, un mégot écrasé et auréolé d'un fumeux cendrier.

 

Se demandant si le prix des livres était trop cher pour la classe ouvrière, il s'est mis en tête d'évaluer ses propres dépenses sur une période d'une quinzaine d'années.

 

En dressant son bilan, il sembla à Orwell avoir acquis quelque 900 livres, dépensant la somme de 165 £ environ. À cette première estimation, il a ensuite ajouté ses dépenses approximatives en journaux et périodiques, ainsi que le coût de ses abonnements en bibliothèques. Selon son calcul, au cours de la période, la lecture lui aurait coûté quelque 25 £ annuelles.

 

En comparaison, Orwell aurait dépensé non moins de 40 £ annuelles pour se procurer ses cigarettes, soit bien plus que le budget lectures. L'auteur en a donc conclu que le prix des livres ne devrait pas être un facteur dissuasif pour la classe ouvrière.

 

Un certain K. J. Pratt a rebondi sur le livre d'Orwell, en publiant Books v. Cigarettes : 63 years on, en 2008, estimant que son addiction à la cigarette lui coûtait finalement quatre fois plus cher que celle à la lecture. 

 

Bien entendu, la consommation varie d'un consommateur à un autre. Mais si de nos jours, le prix du tabac ne cesse d'augmenter, le prix réduit de certains livres numériques pourrait faire pencher la balance encore davantage. Une question non seulement de prix, mais aussi de valeur.

 

(via Los Angeles Review of Books)