Tabelle en Belgique : "Aujourd'hui, pas de changements" (Alain Kouck)

Antoine Oury - 10.04.2015

Edition - Librairies - Interforum Editis - tabelle - librairies Belgique


Il y a quelques jours, ActuaLitté avait souligné les risques de propagation d'une taxe spécifique au territoire belge, la tabelle. Le rachat de Volumen par Interforum faisait en effet craindre aux libraires d'outre-Quiévrain, une modification de la politique du premier calquée sur celle du second. Cette sorte de taxe s'applique aux livres importés de la France, mais date un peu. Il s'agissait, voilà une quarantaine d'années, de contrebalancer les variations du taux de change entre francs français et  belge. À l'heure de l'euro, la taxe est toujours en place et semble difficilement justifiable.

 

 

Alain Kouck (Editis) - Débat du Forum d'Avignon

Alain Kouck, PDG de Editis, au débat organisé par le Forum d'Avignon

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'annonce du rachat de Volumen, le service de distribution de la Martinière, avait inquiété différents acteurs de l'édition, en Belgique : Editis, l'acheteur potentiel, dispose déjà d'une société de distribution sur le territoire, Interforum Benelux. Comme son concurrent Hachette, qui possède Dilibel, Interforum Benelux applique la tabelle.

 

Le prix du livre est donc augmenté, et cette part supplémentaire revient au distributeur. Notons que, selon nos informations, les auteurs ne perçoivent pas de droits sur les ventes qui prennent en compte le pourcentage supplémentaire appliqué par les distributeurs. « L'éditeur français rémunère l'auteur sur la base du prix public HT fixé par lui pour le territoire français (loi Lang) sans tenir compte des variations locales... qui peuvent être énormes – comme en Suisse, par exemple... Donc sans respecter la lettre du contrat d'édition signé avec l'auteur qui mentionne un pourcentage sur prix de vente HT », nous précisait un auteur, sensibilisé à la question. 


Par ailleurs, il ne semble pas que le supplément de marge des distributeurs soit répercuté auprès des éditeurs. 


Le principal inconvénient réside dans le fait que des livres déjà chers, et peu mis en avant, pourraient voir leur prix augmenter. « Nous n'imaginons pas faire revenir en arrière, et nous retrouver avec des livres vendus plus chèrement. Il faut observer comment se passe ce rachat, mais personne ne tient à ce que des livres de prestigieux éditeurs subissent soudainement à 15 % d'augmentation », expliquait ainsi Régis Delcourt, président du Syndicat des Libraires francophones de Belgique.

 

D'autres libraires voyaient dans la tabelle un moyen d'augmenter artificiellement le chiffre d'affaires de leur commerce, afin de peser plus facilement dans d'éventuelles négociations, avec un banquier, par exemple.

 

Mais le Syndicat des libraires francophones de Belgique n'a pas vraiment fait dans la demie-mesure : il a publié dans ActuaLitté une lettre ouverte, intitulée « Comment Hachette et Interforum “rançonnent” les librairies de Belgique »...

Le SLFB demande donc à Editis-Interforum ainsi qu'à Hachette d'engager une réflexion constructive pour abandonner cette taxe surannée qui met en danger la librairie belge, aujourd'hui plus que jamais. Nous ne réclamons pas la disparition des filiales belges et des équipes commerciales, mais bien une nouvelle politique de prix, plus respectueuse pour tous.

Nous avons pu interroger Alain Kouck, PDG du groupe Editis, à l'occasion d'un débat sur le droit d'auteur en Europe organisé ce matin par le Forum d'Avignon, sur la question de la tabelle, qui n'était évidemment pas le sujet du débat. « Aujourd'hui, je ne répondrai pas, nous nous prononcerons sur le sujet plus tard », nous répond Alain Kouck.

 

On passe alors en mode JJB, ou « Jean-Jacques Bourdin ». Les libraires belges ont le droit de savoir !

 

 

 

 

« Nous sommes dans un processus [de rachat, NdR], que vous connaissez bien, et je ne peux pas me prononcer là-dessus, nous nous prononcerons le moment venu », nous répond alors Alain Kouck.

 

Le souci, c'est que la tabelle n'est pas pratiquée par Volumen, actuellement, ce qui justifierait le secret des affaires, mais par Interforum Bénélux, filiale d'Editis implantée sur le territoire.

 

Or, si la question est déjà bien préoccupante pour les libraires de Belgique, elle n'est pas (encore) prioritaire pour Editis. « Moi je n'ai pas de négociations. D'abord, encore aujourd'hui, ce ne sont pas des sociétés qui m'appartiennent, je ne peux pas répondre sur des sociétés qui ne m'appartiennent pas. On se rencontrera le moment venu », affirme Alain Kouck.

 

« Vous verrez en temps venu, aujourd'hui, je ne peux rien dire. Aujourd'hui, il n'y a pas de changements. »

 

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