Tahar Ben Jelloun autour des révoltes dans les pays arabes

Clément Solym - 24.05.2011

Edition - Les maisons - jelloun - revolte - pays


Tahar Ben Jelloun a écrit une quarantaine d’œuvres poétiques ou romanesques. Il a reçu le Prix Goncourt en 1987 pour son livre La nuit sacrée ; le romancier est membre de l'Académie Goncourt. Il fait paraître deux livres sur le printemps arabe.

Tahar Ben Jelloun s'est enthousiasmé des révoltes en Tunisie puis en Égypte, « moments historiques formidables. » Il a constaté l’émergence de l’individu et du citoyen. Il a mis en relief l'importance du rôle des femmes et des hommes de bonne volonté dans ce soulèvement laïc. Il a incité l'Europe à faire affluer des capitaux pour soutenir la construction de la démocratie, rapporte l'AFP.

Deux livres, sinon rien

Si Tahar Ben Jelloun fait « une distinction nette entre l'écrivain qui prend son temps pour rédiger un livre et le citoyen qui se dépêche d'écrire un article où il aime partager ses émotions, ses colères et son besoin profonds de justice », il s'intéresse de près aux phénomènes contingents de la Révolution du Jasmin dans ses deux romans !

Serait-ce parce que, jeune homme, il fut arrêté par des patrouilles ? En effet, Tahar Ben Jelloun est né à Fès le 1er décembre 1944. Il a appris le français et le marocain dès l'enfance. À Rabat, il a étudié la philosophie. Le 23 mars 1965, des manifestations de la jeunesse furent réprimées au Maroc. Soupçonné d'en être l'instigateur, il a dû séjourner dans un camp disciplinaire, de 1966 à 1968...

Il fait paraître Par le Feu et L’Étincelle. Révolte dans les pays arabes (Gallimard, 2011)

Par le Feu est le Tombeau fictif de Mohamed Bouazizi, jeune diplômé, vendeur de fruits et légumes, dont les marchandises avaient été confisquées par la police. Il s'était immolé de désespoir le 17 décembre 2010, entraînant un mouvement de révolte populaire, attisé par la pauvreté et le sentiment d'injustice.

Histoire d'une grande révolution

Tahar Ben Jelloun exprime les résonances et les rythmes de la pensée, au style indirect libre : « Sa prof de français qui lui fait des compliments ; ses examens à la faculté ; le diplôme montré à ses parents ; le diplôme accroché à une pancarte sur laquelle est écrit 'chômeur', son diplôme qui brûle dans l'évier chez lui. »

L'essai L’Étincelle. Révolte dans les pays arabes analyse le phénomène de propagation de la révolte appelé le « printemps arabe » : c'est « un immense mur de Berlin qui tombe. » Il s'interroge sur les causes du mouvement : « Face à l'humiliation, tôt ou tard, l'homme refuse de vivre à genoux, réclame au péril de sa vie la liberté et la dignité. »

Tahar Ben Jelloun imagine les différents points de vue, dont les pensées de Moubarak et de Ben Ali, décrivant les singularités de chaque situation, et s'interrogeant sur les suites possibles de ces mouvements en Tunisie, en Égypte, en Algérie, au Yémen, au Maroc, en Libye et en Syrie.

Selon l'auteur, « la littérature peut avoir un impact très important » : l'écriture de Tahar Ben Jelloun excite l'imagination et soutient le peuple arabe dans sa marche et l'encourage à persévérer.