Talentueux indés : Préparer "une francophonie économique"

Nicolas Gary - 20.11.2014

Edition - International - éditeurs indépendants - livres partage francophonie - salon livre paris


Le 21 mars 2015, le Salon du livre de Paris accueillera un nouvel événement, entièrement consacré aux éditeurs indépendants français et francophones. Talentueux indés réunira en effet 20 éditeurs indépendants, à l'initiative de Pierre Astier, agent littéraire, pour une rencontre réservée aux professionnels, éditeurs étrangers, agents et scouts. 

 

 

Salon du Livre de Paris 2014

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le projet est né d'un constat : la difficulté que les éditeurs étranges rencontrent à découvrir les acteurs de l'édition indépendante francophone, au travers du Salon. La solution, elle, est venue d'un déplacement à la Foire internationale du livre de Guadalajara, qui consacre un large espace aux indépendants, nous précise Pierre Astier. De là est venue l'idée de proposer un moment d'échange spécifique pour un groupe de 20 éditeurs indépendants, « qui soit un parcours organisé, une manière de guider les professionnels étrangers vers ce pan de l'édition ».

 

Trop complexe à monter au cours de l'édition 2014, l'événement verra donc le jour en 2015. « La création de nouvelles structures éditoriales, chaque année, est impressionnante. Cette vivacité est ancrée dans l'histoire de l'édition : certaines jeunes maisons n'arrivent pas à supporter le choc, malheureusement, mais cela n'enlève rien à la dynamique qui s'installe. »

 

Au cours du Salon, les éditeurs étrangers ne manquent pas de rendez-vous avec les grandes structures, « mais on constate une certaine frustration de leur part, parce qu'ils n'arrivent pas à entrer en relation avec des structures plus petites ». Or, ce qui s'écrit en langue française, que ce soit fiction, idées ou jeunesse, « représente un ensemble que nous devons valoriser ». Un marché à ouvrir, donc, autant qu'une création qu'il sera alors possible de mettre en avant, à l'occasion du Salon. 

 

Les exemples ne manquent pas : Joël Dicker, auteur suisse très disputé l'an passé à Francfort, a apporté un nouvel enthousiasme à l'édition suisse et apporté un nouveau souffle pour les auteurs. Dans le même temps, des auteurs comme Jean-Philippe Toussaint ou Amélie Nothomb, sont d'origine belge : « Tout cela incarne une partie de l'écriture francophone. Et dans le même temps, les éditeurs indépendants sont souvent les découvreurs de talents. » Ainsi, Philippe Claudel n'est pas arrivé directement chez Stock, il est passé par une maison de Nancy, La Dragonne.

 

La rencontre, en soi, s'effectuera autour de 10 maisons indés parisiennes, 5 venues des régions françaises et 5 autres francophones. « Il faudra tout à la fois incarner le catalogue, savoir présenter sa ligne éditoriale, autant que graphique et faire ressortir la personnalité de la maison. » La liste définitive sera fixée la semaine prochaine, même si quelques détails restent encore à peaufiner, et les filières "Editeurs" et "Graphistes" de l'EMI-CFD ont participé activement à l'élaboration du catalogue. « Ceux qui n'auront pas pu être retenus pour 2015 seront bien entendu éligibles pour 2016. L'objectif est d'instaurer un rendez-vous régulier au Salon, et de répondre à un manque actuel. »

 

"Le regard de l'agent est plus international, notre activité nous impose de comprendre les marchés anciens et ceux émergents"

 

Ce manque est simple à comprendre : les foires de Francfort ou de Londres, haut lieu dans les négociations de droit, sont souvent réservées aux structures ayant les moyens de se déplacer. Les occasions pour les grandes maisons ne manquent pas, mais pour les indépendants, la chose est plus complexe. La seule contrainte, à laquelle Pierre Astier travaille actuellement, est que les éditeurs qui se présenteront pour Talentueux indés, devront être exposants au Salon. Un coût financier qui n'est pas négligeable pour de petites maisons, et pour lequel il faut trouver des solutions. 

 

Pourtant, un pareil projet mis en place par un agent littéraire – métier qui n'a pas toujours bonne presse dans les maisons – pouvait difficilement s'organiser sans les connaissances spécifiques de ces professionnels. « Le regard de l'agent est plus international, notre activité nous impose de comprendre les marchés anciens et ceux émergents. Dans les grandes Foires, notre rôle devient essentiel. Si le Salon comprend ce que peuvent apporter les agents à cette occasion, cela agira dans l'intérêt de chacun. »

 

L'idée aujourd'hui largement dépassée que les agents ne cherchent qu'à reprendre des auteurs à succès aux maisons a tout de même la peau dure. « Il y a des progrès à faire, encore, et encore, pour comprendre que le rôle de l'agent est complémentaire de celui de la chaîne du livre. Dans les mondes hispanophones ou anglophones, leur activité est plus tournée vers l'économique, c'est vrai, mais il est intéressant aussi que l'économique puisse être en mesure d'entraîner le culturel. » 

 

Les maisons présentées pour Talentueux indés n'auront d'ailleurs aucune obligation contractuelle vis-à-vis de l'agence Pierre Astier. « Nous proposerons nos services pour ceux qui en expriment le besoin, mais nous sommes avant tout là pour assurer une présence de la langue française, dans sa diversité. Vingt éditeurs, c'est peu, je le reconnais, mais c'est une première étape. Il me semble que nous rencontrons aujourd'hui la nécessité d'une francophonie économique : on dénombre 250 millions de locuteurs francophones, et ils seront deux fois plus nombreux d'ici 25 ans. »

 

Autant s'armer dès à présent.