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Taslima Nasreen : l'islam doit se montrer tolérant et accepter la critique

Clément Solym - 24.01.2017

Edition - International - Taslima Nasreen tolérance - fanatiques religieux fatwa - respect tolérance nasreen


L’auteure bangladaise Taslima Nasreen, vivant en exil depuis 1994, ne cesse de multiplier les appels à une société plus tolérante. Victime de fondamentalistes, qui l’ont contrainte à fuir son propre pays, Taslima Nasreen intervenait lors du Festival de littérature de Jaipur. Et toujours avec ce même discours de respect mutuel.

 

Taslima Nasreen avec la designer Bibi Russell

 

 

« Il est impératif que la société musulmane se montre tolérante et accepte la critique, sans laquelle elle ne peut pas progresser. Il faut d’urgence que l’on instaure un Code civil global, pour renforcer l’autonomisation des personnes frappées dans leurs droits d’être humains », assurait la romancière, en conversation avec Salil Triphathi, ancien membre de l’English PEN.

 

Pas vraiment un hasard, quand on sait que, dans ses missions, l’organisation est engagée dans la promotion de la littérature, et la défense de la liberté d’expression des écrivains, à travers le monde. 

 

Mais l’auteure poursuit sur sa lancée : « Je ne crois pas ni au nationalisme ni au fondamentalisme religieux. Je crois en un monde unique. Je crois au droit, à la liberté, à l’humanisme et au rationalisme. Tant que l’islam n’acceptera pas les critiques, aucun pays musulman ne pourra être considéré comme laïc. »

 

Sous le coup d’une fatwa depuis 2007, lancée par le gouvernement du Bengale, Nasreen interroge : pourquoi les auteurs laïcs sont toujours contraints à l’exil, ou obligés de fuir leur propre pays, menacés de mort et d’assassinat ? Et ce, « alors que les fanatiques religieux sont protégés ».

 

Depuis, Taslima Nasreen est menacée trois fatwas distinctes, émises contre elle. Elle dut quitter son pays, le Bangladesh, avant de transiter par l’Europe, et de s’arrêter en Inde.

 

Selon elle, la laïcité n’a pas la possibilité de préserver les êtres : elle-même a été attaquée par les hindous autant que des musulmans intégristes, « mais ils n’ont jamais été punis ». Pour preuve, les organisateurs de la manifestation ont été obligés de dissimuler son nom, dans le programme du festival. Jouant à cache-cache avec les autorités, les organisateurs n’ont pas pu officiellement annoncer sa présence.

 

Sanjoy K. Roy, producteur du festival, assure que la défense des minorités est un enjeu crucuail pour Jaipur. Mais face à eux, le pouvoir politico-religieux est très puissant. Il avait en effet été affirmé que Nasreen était presque pire que le diable. Ayant écrit, à la manière d’un Salman Rushdie, « contre » le coran, impossible de la solliciter, et moins encore de lui donner la parole. D'ailleurs, la découverte de sa présence a suscité une colère qu'elle dénonce : 

 

Quand 1200 personnes intelligentes expriment leur amour et leur respect pour moi, personne ne s'en soucie. Quand 12 malades fanatiques montrent leur haine, cela fait la Une des infos

 

« Parce que j’écris au sujet des femmes et de leurs droits, je dois critiquer les religions qui les oppriment », a réaffirmé l’auteure. Sa venue, qui s’est faite dans le plus total anonymat, nécessitait des mesures de discrétions suprêmes. « Quelle que soit la religion, elles sont toujours orientées contre les femmes. Je crois en une liberté d’expression absolue. Pour réfréner cette montée de l’intolérance dans la société et réprimer les atrocités que subissent les femmes, l’éducation a un rôle majeur à jouer. »

 

Et de conclure : « Quand je parle des droits des femmes, je critique les religions qui privent les femmes de droits égaux. Les femmes hindoues du Bangladesh n’ont pas la liberté dont elles jouissent en Inde. Quel genre de démocratie cela peut-il être ? »

 

via India Today