Taslima Nasrin dénonce le ‘cancer' de la censure en Inde

Clément Solym - 11.02.2012

Edition - International - Taslima Nasrin - Inde - Censure


Après les annulations de la venue de Salman Rushdi au festival de littérature de Jaipur et de la promotion du septième tome de l'autobiographie de Taslima Nasrin sous la pression des fondamentalistes à la 36e Foire Internationale du Livre de Kolkata (notre actualitté), l'écrivaine s'élève contre « l'appétit pour la censure » dans son pays.

 

 

« Les écrivains et les artistes sont devenus les cibles faciles des extrémistes religieux », a-t-elle confié au Guardian. « Les autorités essaient d'apaiser les fanatiques hindous ou musulmans en Inde. Tous les partis politiques ont un calendrier différent, mais aucun n'a planifié quoi que ce soit pour valoriser la liberté d'expression. Il s'agit d'une course dangereuse, à qui violera le plus la liberté de s'exprimer ».

 

Née en 1962 à Mymensingh (Bangladesh), Taslima Nasrin a fuit son pays en 1994 après que des extrémistes islamistes aient menacé d'intenter à sa vie l'accusant d'avoir émis des « commentaires discutables » sur l'Islam et le prophète Mohammed, ce qu'elle a toujours nié.

 

Après avoir passé dix ans en Europe, elle s'est installée à Calcutta jusqu'en 2007 d'où elle a dû partir après avoir été agressée sous le prétexte d'être « anti-Islam », lors du lancement de l'un de ses livres dans le sud de l'Inde.

 

Aujourd'hui installée à Delhi, l'écrivaine ne devait semble-t-il pas être présente en personne à la Foire du livre de Kolkata, mais les manifestants sont malgré tout parvenu à faire annuler la promotion de son ouvrage. Les organisateurs se sont défendus en arguant qu'ils ne « pouvaient pas prendre le risque ».

 

Comme Rushdie, Nasrin estime qu'en réalité le lancement de son livre ne représentait pas véritablement une menace pour la sécurité. « C'était quelque chose de préparé. [Le gouvernement] ne veut pas envoyer le mauvaise message aux fanatiques musulmans. Il craint de perdre le vote musulman et ne veut pas risque de perdre une seule voix ».

 

Et l'auteure de dénoncer la croisse de l'intolérance dans le pays, parce que « le gouvernement ne prend aucune mesure contre les fanatiques intolérants, dont les actions sont pardonnées quelque soit le degré de violence qu'elles impliquent, au nom de la religion ». 

 

Et d'appeler à un Etat séculier, jusque dans ses systèmes judiciaire et éducatif. « Les gens doivent apprendre les principes de démocratie, liberté d'expression, les droits de l'Homme et l'humanisme ». « Je me demande comment empêcher le cancer grandissant [de la censure] de se répandre ».