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Taxer les lectures offertes, et les enfants déserteront les bibliothèques

Nicolas Gary - 06.01.2018

Edition - Bibliothèques - heure conte bibliothèque - SCELF auteurs redevance - enfants lecture


« Riche idée, ces vœux de la SCELF », a-t-on entendu, comme l’organisation diffusait ses nouvelles tarifications 2018. Alors que les organisations d’auteurs attendent l’exonération de droits pour les lectures d’auteurs et pour l’heure du conte en bibliothèque, la SCELF a jeté un pavé dans la mare. Et fait vivement réagir la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse.



Dennis Brekke, CC BY 2.0
 

 

« Les négociations sont toujours en cours, la réunion de décembre dernier au ministère avec la SCELF, le SNE, la Charte, l’ABF et la SGDL n’ayant pas été concluante », nous assure une proche du dossier. Or, les tarifications 2018 semblent avoir choisi une voie unilatérale pour régler les échanges : la SCELF est bien décidée à faire payer toute lecture de texte, suivant des conditions « arbitrairement décidées ».

 

Qui veut vraiment taxer les bibliothèques ?
 

Or cette position déjà décriée met en danger certes les auteurs et les bibliothécaires, mais également « tous les bénévoles et aux associations qui font vivre la lecture dans les zones péri-urbaines et rurales… ce serait détricoter 30 années de politique du livre », déplore une observatrice. 

 

L’une des pistes, vis-à-vis du public, serait de réaliser à l’occasion une communication collective à l’occasion de la Nuit de la lecture, parrainée par Daniel Pennac. Du côté des auteurs, il s’agirait peut-être de mettre à jour, collectivement, les contrats passés avec les éditeurs et refuser de signer les droits de représentation. De la sorte, « on couperait l’herbe sous les pieds de la SCELF ».

 

Cette idée avait été dernièrement évoquée, et semble faire son chemin. « Dans le cas de représentation théâtrale, il suffit d’être membre de la SACD, et les droits passent alors par eux. » Cette hypothèse contraindrait également les éditeurs à se positionner. « N’oublions pas que la SCELF est une société de réversion des droits aux éditeurs, gérée et mandatée par les éditeurs », poursuit une auteure. 

 

Par ailleurs, dans ces conditions tarifaires 2018, plusieurs auteur.es ont signalé à ActuaLitté le point 7-8-2 par lequel « [t]oute lecture ou récitation publique organisée à l’initiative d’un ou plusieurs éditeurs concernant une ou plusieurs œuvres de leur catalogue, dont ils sont cessionnaires, ne fera pas l’objet de perception de droits par la SCELF ». 

 

Une auteure, sarcastique, note : « Voici qui est bien pratique pour les Petits champions de la lecture, qu’organise le Syndicat national de l’édition. » Si le SNE avait préféré ne pas répondre à ActuaLitté sur la question des tarifs avancés par la SCELF, cette nouvelle situation appellera sans doute une révision de sa position. La SCELF, de son côté, n’a toujours pas réagi à nos précédentes demandes. 
 

Lecture publique : la SCELF pratique
le “coût du lapin” en bibliothèque

 

Il faut en effet noter que l'organisation est à ce jour gérée par un conseil d’administration présidé depuis 2017 par Gilles Haéri, et composé des éditions Albin Michel, Dargaud, Denoël, Dupuis, Fayard, Flammarion, Gallimard, Glénat, Grasset, Hachette, Robert Laffont, Mercure de France, Minuit, Payot & Rivages, P.O.L, le Seuil et La Table ronde. Elle est dirigée depuis mi-2012 par Nathalie Piaskowski.

 

Elle représente à ce titre près de 300 éditeurs, « dont le statut varie en fonction du volume de leur activité dans le domaine de l’adaptation. Elle est financée par les cotisations annuelles de ses membres, ainsi que par une retenue prélevée sur les droits perçus ».

 

Une tolérance réclamée disparue qui doit revenir
 

De son côté, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a fait parvenir à ActuaLitté la déclaration suivante, nette.

 

« Les auteurs jeunesse et les bibliothécaires ont été vivement choqués par les vœux de la SCELF, rappelant leurs conditions générales, restées identiques malgré les concertations en cours. Ces vœux laissent à penser que les décisions sont prises unilatéralement et sont totalement figées. Le Conseil Permanent des Écrivains, rassemblant les organisations d’auteurs du livre, est vent debout contre cette démarche.

La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse défend une exonération complète lorsqu’un auteur lit son propre texte, quel que soit le format de la lecture, l’entrée payante ou non, la date de publication du texte en question. 

 

Pour ceux qui connaissent la situation actuelle des auteurs jeunesse, dont une partie des revenus repose sur les interventions et les lectures, cette perception envisagée par la SCELF de prélever sur la lecture faite par l’auteur lui-même est absolument scandaleuse, et à mille lieues des réalités de terrain. Lancée il y a quelques mois par des auteurs jeunesse et bibliothécaires, la pétition Shéhérazade en colère a déjà reçu près de 4000 signatures.
 

La SCELF prépare les enfants
à ne jamais aimer les livres ni la lecture


Nous nous opposons également au paiement d’une rémunération par les bibliothèques, notamment pour les « Heures du conte », mais nous pensons aussi bien entendu aux associations et bénévoles, dont nous connaissons les conditions. Si les auteurs jeunesse se battent pour vivre de leur métier, ils ne réclament pas la perception de ce droit qui met en danger le maillage précieux des médiateurs du livre. »

La pétition dénonce à ce titre, entre autres problèmes 
- qu'une lecture de rue sera facturée 30 euros,
- qu'il faudra envoyer le programme des heures de contes 3 mois à l'avance pour approbation,
- que l'auteur pourra lire son livre gratuitement pendant un an, et un an seulement,
(à voir ici)

Et ajoute : « Détail particulièrement cynique : les associations reconnues d’intérêt général se voient généreusement accorder une réduction de 5 %... Doivent-elles aussi dire merci ? Merci de faire vivre nos livres ? De les emmener là où ils n'auraient jamais été ? Là où ils n'iront certainement plus à présent ? »

 

La Charte conclut pour sa part : « D’ailleurs, l’exonération est admise par la SCELF pour les lectures publiques en librairie. Il ne s’agit aucunement de renoncer au droit exclusif de l’auteur qui s’applique : nous défendons le droit d’auteur sans être pour autant maximalistes. Nous demandons que soit maintenu le système de tolérance qui a prévalu jusqu’à présent en exonérant les bibliothèques du versement d’un droit.

 

Aussi, nous invitons les auteurs à la plus grande vigilance sur leurs contrats d’édition et les droits qu’ils gardent ou cèdent à leurs éditeurs, notamment le droit de représentation.»

 

Dont acte.

 

Retrouver le Dossier : La SCELF face à la lecture publique, la redevance qui indigne




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