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Taxer libraires et lecteurs, ça Nathan pas !

Clément Solym - 10.02.2012

Edition - Les maisons - Nathan - libraire - TVA


Drôle de surprise pour les libraires de La Soupe de l'Espace (librairie jeunesse située à Hyères, en Provence) en ouvrant les colis de l'office Nathan : tous les ouvrages comportent sur leur quatrième de couverture une mention « TVA 7 % », du plus mauvais effet alors que l'entrée en vigueur de la nouvelle taxation est fixée au 1er avril prochain.

 

« Ça pue l'injustice. » Jean ne mâche pas ses mots. On le comprend une fois qu'on a lu un billet posté hier sur le site de sa librarie, et qui montre, photo à l'appui, que les éditions Nathan ont, comment dire... légérement anticipé la hausse de la TVA de 5,5 à 7 %, décidée par le gouvernement Sarkozy et qui entrera en vigueur le 1er avril prochain. 

 

Quand il a remarqué une petite vignette imprimée proclamant fièrement TVA 7 % comme s'il s'agissait d'un label de commerce équitable ; le sang du libraire n'a fait qu'un tour, à vitesse grand V. Se mettant à la place de l'éditeur, le libraire raille :  « Je [Nathan] viens de me permettre quelque chose d'assez hallucinant au dos de bon nombre de mes livres sortis aujourd'hui : j'estampille allègrement les livres d'une petite pastille (imprimée) sur laquelle il y a écrit : TVA 7%. J'en ai d'ailleurs profité pour augmenter une fois de plus tous les livres concernés, avant même la date du 1er avril, qui pourra occasionner une deuxième augmentation du prix (si la TVA est modifiée, à moins que le libraire décide de se prendre la hausse dans les dents) » écrit-il sur son site.

 

« À partir de 7 ans », mais à 7 % (via La Soupe de l'Espace)

 

Contacté par nos soins, le libraire précise que sa dénonciation n'est « en rien dirigée contre les auteurs », mais plutôt contre un éditeur « coutumier du fait » : qu'il s'agisse d'office ou d'augmentation, Nathan fait dans le sauvage. Pour l'instant, le libraire a constaté la présence de la vignette sur les collections Philozenfants et Lulu Grenadine, des collections qu'il juge par ailleurs « plutôt bien faites ». 

 

Je, Nathan (siffler le train de la TVA)

 

Ce qui ne passe pas, ce sont les hausses répétées des prix, une vraie politique éditoriale chez Nathan. Et Jean le libraire de citer un exemple : le titre Mademoiselle Zazie, de Thierry Lenain, est ainsi passé de 4,80€ à 5,60€ en quelques mois, soit 16 % d'augmentation pour un produit inchangé. Cela reste en tout cas un excellent calcul pour Nathan, une maison du groupe Editis, lui-même détenu par l'espagnol Planeta (8e place mondiale) : vous suivez ?

 

Même si le libraire a été facturé à 5,5 % pour la commande, il souligne que l'inscription TVA 7 % n'est que poudre aux yeux pour masquer une nouvelle augmentation. Cela ne l'étonne plus, Jean : « les mastodontes » de l'édition font la loi, visiblement. Lui s'estime encore « bien loti » au niveau des remises que lui accorde Nathan sur ses livres avec 30 à 34 %, quand d'autres collègues n'ont pas cette chance et plafonnent à 25 %.

 

Ce que craint le libraire, c'est une nouvelle augmentation le 1er avril, à la faveur de l'application (la vraie !) de la taxe sur la valeur ajoutée à 7 %. Une augmentation qui ne manquera pas de survenir, tant la politique du bénéfice croissant innerve ces géants de l'édition, avec des objectifs compris entre 12 et 15 % par an. Il va sans dire que la mission éditoriale se trouve alors largement distancée par la recherche du profit.

 

Quand on lui demande les conséquences directes de cette hausse des prix sur son propre bilan, Jean reste optimiste : « On sera pénalisés, mais cela ne va pas nous mettre à terre ». Il mise en effet sur la « jeunesse » de sa librairie pour assurer sa route. Et il est d'ores et déjà déterminé à mettre celle-ci au service d'un boycott de Nathan par le secteur, pensant à une possible « journée noire de la librairie ».

 

Quant aux responsables de chez Nathan, ils sont visiblement plus prompts à ajuster les prix qu'à décrocher le téléphone, puisqu'aucune réaction n'a pu être obtenue de leur part. Une attitude manifestement classique, puisque le libraire nous expliquait que lui-même avait beaucoup de mal à joindre la maison...