Les auteurs tchadiens dénoncent une censure médiatique

Clémence Chouvelon - 08.04.2015

Edition - International - Censure médias - Tchad - l'Agora des lettres


Des écrivains du Tchad ont dénoncé, sous la forme d'un communiqué de presse, la censure dont font objet leurs ouvrages dans les médias nationaux. L'émission l'Agora des lettres, tribune littéraire donnant la parole aux écrivains du pays, est régulièrement victime de censure et les auteurs recevraient des menaces de mort de la part de personnes se réclamant du gouvernement. 

 

(Self) Censored

 Photo d'illustration (Carolyn Tiry, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les auteurs dénoncent, dans leur communiqué de presse du 6 avril, l'atteinte à la liberté d'expression dont ils sont victimes dans leur pays : « la Radio et la Télé Tchad dont les Tchadiens sont tous contribuables sont aujourd'hui prises en otage par des individus qui foulent au pied les règles élémentaires de l'art, en prétextant accomplir la volonté des hautes autorités. [...] le président de la République [Idriss Déby, NdR], qui est le Président de tous les Tchadiens, doit savoir que de nombreux individus qui occupent des responsabilités à différents niveaux dans les médias publics et autres institutions ternissent son image. »

 

L'auteur Barko Tao (Pays Vassal, Publibook) a été menacé de mort suite à la publication de son ouvrage, et licencié de la Société Nationale de Ciment où il travaillait. Jean Laoukolé (Les rebelles selon Monsieur le Préfet, L'Harmattan) a quant à lui été arrêté en mars 2013. Sosthène Mbernodji (Le jardinier du Logone, Edilivre), invité de l'émission en février 2014, a été censuré par des responsables de la chaîne. 

 

Le présentateur de l'émission, Jean Bosco Manga, a remis le 4 avril sa lettre de démission, dans laquelle il exprime sa « vigoureuse protestation » : « Je me suis engagé à vos côtés dans l'optique de porter haut le flambeau littéraire du Tchad hors de nos frontières. Faire découvrir le Tchad autrement à travers ses filles et fils qui écrivent son histoire, son quotidien, sa culture, ses fictions, ses humeurs… C'est avec plaisir que j'ai accompli cette mission et vous m'aviez vu au pied du mur pour mieux me juger. Mais je commence à désenchanter pour plusieurs raisons, et j'estime que la frustration est poussée au zénith avec ce qui s'est passé le jeudi 2 avril 2015. »

 

Le présentateur a vu son émission du 2 avril déprogrammée sans en être informé, sur ordre de la présidence de la République. L'auteur tchadien Abderaman Koulamallah était l'invité de l'émission pour son livre La bataille de N'Djaména : 2 février 2008 (L'Harmattan) consacré à l'offensive rebelle sur N'Djamena. « Je suis allé à la direction de la télé pour vérifier ce qui n'a pas marché, et on m'a dit qu'il y avait eu des instructions venues de la présidence de la République pour que cette émission ne puisse pas passer. » L'animateur demande son remplacement, et le changement de nom de l'émission l'Agora des lettres. 

 

 

 

 (via Tchadpages)