Technologie, fétichisme et conservatisme : vive la lecture

Clément Solym - 26.07.2010

Edition - Société - ebook - amazon - lecture


Petit retour : la presse s'est monstrueusement fourré le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, faisant les choux gras de la communication orchestrée par Amazon. Seuls quelques rares ont pris le temps de comprendre que le cyberlibraire ne vendait pas plus de livres numériques que de livres papier, mais bien que sur un certain échantillon d'ouvrages - les hardcovers, nos premiers tirages (attention, pas les tirages de tête) - les consommateurs privilégiaient la version ebook.

Et pour cause : en l'absence de loi fixant un prix unique pour le livre, quand une version papier coûte 26 $, vendue 19 $ sur Amazon, l'ebook reste à 9,99 $... le choix est assez vite fait. Mais Amazon a besoin de prêcher pour sa paroisse, et de faire monter les enchères sur ce secteur, alors, vaille que vaille, on intoxique au mieux les médias. Qui prennent le pli étonnamment bien.

Mais voilà : dernière cette dégénérescence (la même qui fait dire à que l'on vient d'assister à la première publication d'un roman sur Twitter puis à son impression), se cache une tendance du grand public pour les gadgets technologiques... un fétichisme high-tec galopant, propre à la société des TIC, pas forcément que nerveux.

Et derrière l'engouement pour ces nouvelles machines, lecteur ebook, smartphone, etc., se dissimule mal - ou ne s'avoue pas - une tendance au conservatisme, qui s'abrite derrière la révolution technologique permanente dont on nous bassine à tout va. Mais la réalité est plus éloignée, justement...

Cette barrière technique qui s'instaure entre nos outils et les oeuvres, qui s'interpose, évolue trop vite, bien trop vite, tandis que les esprits et les habitudes sont plus lents à s'adapter. Les changements intrinsèques au livre numérique n'aboutiront que dans quelques années, et le phénomène n'aura dans les prochains mois, années, que l'attrait de la nouveauté pour de plus en plus de personnes.

Conservatisme, parce que finalement, c'est toujours la quête du mieux, sans aspirer simplement au bien - eh oui. N'est-il pas un peu nécessaire de se souvenir que le texte prime (en tentant de faire fi de toutes les conditions mercantiles qui tournent autour de la parution d'un livre, si faire se peut) ? Le progrès implicite, idoine aux avancées technologiques, c'est une chose, certes passionnante, dont on tente de nous convaincre.

Attention à ne pas se laisser faire trop vite.