Animation : bataille rangée autour de l'audiovisuel

Cécile Mazin - 08.07.2015

Edition - Société - adaptation animation - télévision livres - syndicats créateurs


Le Syndicat national de l’édition et le SCELF viennent de se faire épingler, et même « Agrafer », dans la polémique qui touche aux adaptations et leurs diffusion sur l’audiovisuel public. Déclenché par la SACD, l’affaire a fait réagir plusieurs organisations, et le dernier en date est donc l’Agraf, Auteurs groupés de l’Animation française, qui rejoint « en tous points », la position de la SACD.

 

 

 

« Cessons de crier au loup et de polémiquer. Il est de temps de se mettre autour de la table et de s’écouter, dans un souci de compréhension, de respect et d’estime mutuelle », clame l’Agraf. Hier, c’était la Guilde des scénaristes qui en rajoutait une couche, invitant les éditeurs à mieux rémunérer les auteurs, dans le cadre de cessions de droits audiovisuels.

 

De son côté, l’Agraf invite donc à trouver « un équilibre nécessaire », mais embraye sévèrement : 

 

Ces dernières années, la suprématie croissante des adaptations dans les séries télévisées a littéralement étouffé la créativité des auteurs d’animation. Ce ne sont d’ailleurs pas que des adaptations de livres. D’anciennes séries, des jouets, des jeux vidéo et tout ce qui peut augurer un bon succès commercial sont aussi sans cesse adaptés. C’est le règne de la « Licence ». 

Devant ce constat, les différents acteurs (la SACD, les organisations professionnelles d’auteurs, le CNC, France Télévision) ont chacun entamé une réflexion pour rééquilibrer la balance entre adaptation et création originale. 

 

D’un côté, la SACD, qui discute avec le SCELF, de l’autre, le CNC qui entend aménager les soutiens à la production, pour favoriser la création originale, et, enfin, France Télévisions, qui souhaite mieux maîtriser l’équilibre entre les œuvres diffusées. Tout cela devrait donc aboutir à un beau programme. Mais pas si vite :

 

Nous comprenons que les éditeurs, dont les revenus ont profité de l’inflation de l’adaptation à la télévision, s’alarment de ce mouvement de rééquilibrage. Mais l’animation ne peut pas être qu’une manne financière tout juste vouée à diffuser des produits dérivés du livre. 

L’adaptation de livres constituera toujours une part importante des programmes audiovisuels, et c’est formidable si elle favorise la lecture auprès du jeune public. Mais pour autant, on ne peut pas, on ne doit pas réduire l’animation à un outil promotionnel du livre. Elle est, sans aucun doute possible, un espace de création originale et de diversité, pour le plaisir et l’épanouissement de nos jeunes lecteurs et téléspectateurs. 

 

Et de rappeler que tous les créateurs sont avant tout auteurs, quelle que soit la case dans laquelle on souhaite les faire entrer. L’Agraf refuse donc catégoriquement que « les éditeurs opposent les auteurs de l’animation à ceux du livre ». Car en réalité, tous les auteurs sont « conjointement touchés par les pratiques abusives que certains éditeurs imposent aux uns comme aux autres ».

 

Car les auteurs du livre sont rançonnés : comme condition pour être publiés, ils doivent céder aux éditeurs leurs droits d’adaptation audiovisuelle et une part considérable de leurs droits de diffusion télé, souvent la moitié ! 

Les auteurs d’animation subissent aussi des pressions, les éditeurs revendiquant souvent des parts exagérées de droits de diffusion, largement supérieures aux autres parts de tous les autres auteurs, réalisateurs, créateurs de la série... Dans le même temps, nos épisodes de dessins animés sont adaptés en livres pour la grande distribution, sans aucune contrepartie financière, et souvent sans que les auteurs soient cités sur la couverture... 

 

Et de conclure qu’en somme, le créateur graphique est « une espèce menacée », celui qui invente l’univers d’un dessin animé, et participe de l’identité visuelle. « La montée en puissance des adaptations a considérablement et dramatiquement impacté son activité. »