Témoignages : ces voyages qui deviennent salvateurs

Julien Helmlinger - 22.03.2015

Edition - International - Littérature - Voyage - aventure - Réinsertion


Parfois, le fait de partir à l'aventure peut constituer un élan vital nécessaire, un nouveau départ dans une existence, ou tout simplement une façon de porter un message d'espoir. Vincent Bernard, ancien alpiniste traumatisé crânien reconverti dans l'aventure cycliste, l'explorateur Jean-Louis Étienne, et l'écrivain Bernard Ollivier apportaient leurs témoignages respectifs ce dimanche au Salon du livre de Paris. Autant d'éloges de la persévérance, mise à l'épreuve à travers des parcours qui repoussent les frontières. 

 

 

Vincent Bernard, Jean-Louis Étienne, Bernard Ollivier (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Au cours de ses études, le passionné d'alpinisme Vincent Bernard entendait devenir guide de haute montagne et gravir les plus hauts sommets. Mais une chute de 80 mètres au Népal, suivie d'un coma d'un mois, allait ruiner son projet. « Il a fallu faire le deuil de cette activité qui était toute ma vie. Même la moyenne montagne, c'était compliqué », explique-t-il. Désormais plus en état de gravir ces montagnes népalaises, il est parti dans la jungle, où il a notamment donné des cours de maths.

 

Son livre, Résilience, décliné sous la forme d'un film de 50 minutes, raconte le projet qui lui a permis de rebondir après cette mésaventure. Toujours capable de pédaler, il s'est lancé dans un long périple à vélo : depuis Brest et jusqu'au Népal, ce qui représente plus de 20.000 km. « Ce qui m'a transformé est la recherche de partenaires quand j'étais au fond du gouffre. Le vélo m'a rappelé que mon chemin est devant moi. J'ai voulu montrer aux handicapés que là où il y a de la vie, il y a de l'espoir. »

 

Le médecin Jean-Louis Étienne, premier homme à atteindre le Pôle Nord en solitaire, a participé à de nombreuses expéditions à travers le monde. La persévérance est à ses yeux le « dénominateur commun » à toutes ses aventures. Elle est « essentielle » et lui a permis de « résister à la tentation de l'abandon », condition de réussite dans ses entreprises. Il confie que « chaque expédition est une aventure, et ce sont ces petits instants de récompenses qui font que l'on progresse ».

 

Le « germe du voyage », c'est que, jeune, il espérait participer aux explorations du journal L'Illustration. Il en a conservé « le désir d'aller sur les chemins de ses rêves, de rester sur une racine qui vous nourrit. Avec la persévérance,  on se construit. L'existence c'est ça, se nourrir de ces opportunités, se mettre en marche pour toujours avancer, et puis franchir les seuils. Mais il faut également savoir composer entre désirs et capacités. La persévérance, ce n'est pas toujours la ligne droite. »

 

Voyager pour se sauver, soi-même ou les autres

 

Ancien journaliste, Bernard Ollivier s'est retrouvé à la retraite il y a 17 ans, sans projet. Il en a fait une dépression et a tenté de se suicider. Il a alors décidé de fuir Paris, à pied, jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle. « En l'espace de 2 ou 3 semaines, ce fut une véritable résurrection », se souvient l'écrivain. Plutôt que de s'arrêter en si bon chemin, dénonçant une « société assise », il a décidé d'aider les « jeunes marginaux » à se relever, grâce à la marche sur la Route de la soie. 

 

Son association Seuil sort des jeunes du milieu carcéral, leur faisant parcourir à pied cette route de la Soie. Il est en quelque sorte devenu « professeur d'entêtement », estime-t-il. « On leur enseigne à faire un petit pas, et puis toujours un petit pas. [...] Ils redécouvrent leur capacité à se construire, à prendre une certaine confiance, apprennent ce que c'est que la résilience. » Après quelques difficultés avec le ministère de Rachida Dati, l'an dernier son association a obtenu une habilitation pour 15 ans.

 

Quand on leur demande de quelle manière leurs voyages deviennent salvateurs, Vincent Bernard y voit « une fuite, mais vers quelque chose ». Jean-Louis Étienne trouve que « le voyage est constructif » et apporte une certaine « transversalité dont on a besoin » quand on est parti à l'aventure. Pour Bernard Ollivier, enfin, il s'agit de toujours « aller devant, sans regarder ni derrière, ni son nombril ».